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Festival d'Avignon

30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 15:29
ENFANT DE LA GUERRE

Auteure engagée, censurée dans son pays, on commence à bien connaître Biljana Srbljanovic en Europe. Elle qui a dit :"je suis un être humain dont on a volé l'identité" vit maintenant à Paris. La Belgique l'a découverte avec "La Trilogie de Belgrade", sa première pièce (1). Même si l'on nous dit que le terrain vague ravagé où se passe l'action de "Histoires de Famille" est situé dans un pays "des Balkans" et que l'on cite clairement  la Serbie, les gosses qui y jouent sont pourtant de partout.


Orphelins, probablement, ils font partie des dommages collatéraux qu'engendrent toutes les guerres, d'ailleurs et d'ici (ne reparle t-on pas des "enfants cachés" juifs de Belgique en ce moment ?). Dans leurs jeux on voit la caricature drôle et terriblement cruelle de la famille, mais aussi de la société, vues par des regards innocents. Dans les histoires sans happy end qu'ils inventent, on y entend l'enregistrement à peine déformé des propos abjects tenus par certains adultes. Le contexte violent est évidemment bien présent, rendu grotesquement tragique, ou l'inverse. Ignorant les "disnieyseries", ces enfants sont déjà matures, ils ont vécu…


"On disait que" : elle, c'est "la Mère", lui c'est "le Père", et l'autre lui c'est "l'Enfant", qui pourra être fille ou garçon. Celle-là qu'on ne connaît pas, sera "le Chien", qu'on rejette ou qu'on martyrise.

Dans le lieu dépouillé et transformable du Z.U.T., qui ménage toujours ses surprises, on s'y croit, et ici, on se sent tout de suite mal à l'aise, en état de voyeurs. Les effets de "matières" (y compris fumigènes) et sonores n'y sont jamais gratuits. On retrouve tout le talent (en même temps que l'obsession de l'enfermement ?) de Miriam Youssef, la metteure en scène. En fait de décombres post conflit, dans un décor se voulant réaliste, il y a le sable du sol, ces pertes de matière sporadiques venues d'en haut… Sommes-nous dans des sous-sols ? Reste un élément incongru : la table, un peu trop fonctionnelle, "pleine de ressources". On imaginera qu'elle est seule rescapée du désastre  (ou le fruit d'un génial autant que précoce inventeur…).

Les costumes nous ont paru plus évocateurs dans leur beauté saccagée. La force du spectacle est que la metteure en scène et ses comédiens ont su éviter l'écueil de l'infantilisation, du "faire l'enfant", et en extrapolant, on voit ainsi d'autant mieux à quel point les adultes (y compris tous nos "décideurs") peuvent se comporter trop souvent comme de sales gosses ! Le langage général est bien celui du jeu avec ses rituels répétitifs, ses consignes insolites, ses aspects mécaniques et le quatuor homogène de bons comédiens : Lieve Phlippo/Milena (une découverte), Thierry Janssen/Vojin et Sébastien Schmitt/Andria jouent le jeu décalé à fond. Chapeau à Fanny Roy qui a su inventer pour Nadezda un langage très particulier, non pas langue étrangère, ni langue des signes, mais langue des chiens : à la fois verbale et gestuelle et pourvue d'un vocabulaire varié !

A l'auteur qui s'interroge : "ai-je parlé suffisamment fort ? Mes écrits ont-ils suffi ?" Que répondre ! On nous avait dit que ces histoires "déclenchent forcément l'hilarité". Alors pourquoi n'a t-on pas envie de rire ? Parce que "jouer c'est sérieux". Tous les enfants, et leurs parents, le savent. La loi du plus fort et l'esprit de compétition, la violence qui peut aller jusqu'au retour à la barbarie peuvent apparaître dans les jeux des enfants comme l'a si bien montré Golding, puis Peter Brook, dans "Sa Majesté des Mouches" (2) et cela même chez ceux qui ont reçu "la meilleure éducation", ce qui ne peut qu'inquiéter et (si possible) faire réfléchir…

Suzane VANINA (Bruxelles)

1) par la Cie Chéri-Chéri au CC des Riches-Claires, décembre 2004 (création primée)
2) "Lord of the flies" roman SF de William Golding (1954) et film de Peter Brook (1963)

Texte français : Ubavka Zarik et Michel Bataillon/ éditions de l'Arche
Mise en scène : Miriam Youssef assistée de Maria Abecasis de Almeida
Scénographie et costumes : Anne Sollie et Thibaut De Coster assistés de Faïka Dahes
Interprétation : Thierry Janssen, Lieve Phlippo, Fanny Roy, Sebastien Scmit
Lumière : Alain Collet assisté de Cédric Dély
Décor sonore : Sebastien Fernandez

Théâtre de la Méduse au Z.U.T. du 6 au 29.3.2008 – Tél : 0498. 109.440 – info@zoneurbainetheatre.be - www.zoneurbainetheatre.be

Crédits photos © Pierre Bodson

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Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
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