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Festival d'Avignon

30 janvier 2006 1 30 /01 /janvier /2006 19:31

ENFIN VIENT L’EXPLOSION : « FROID », DE LARS NORÉN

Les cinq théâtres conventionnés d’Avignon ont créé un festival en hiver intitulé Scènes d’Avignon et compagnies, avec l’aide de la Drac, de la région Paca, du conseil général de Vaucluse et de la municipalité d’Avignon.

La règle du jeu est simple : chacun des cinq théâtres accueille deux fois un spectacle qui n’a pas de scène pour se produire. C’est un coup de pouce généreux à de jeunes troupes sans aire de jeu. Comme le dit joliment Gérard Vantaggioli, du Théâtre du Chien-qui-Fume : « Il s’agit de partager nos outils avec des artistes jeunes qui ont du talent mais qui, pour l’instant, n’ont rien d’autre. »

Ce qui surprend le plus les organisateurs, c’est le succès public de cette manifestation. Les salles sont pleines à chaque représentation. Ça fait un bien fou de voir tous ces gens curieux et attentifs.

Saint Elvis

Malheureusement, je commence très mal ce festival avec Saint Elvis, de Serge Valletti. La pièce est totalement inintéressante et ne mérite pas que je m’y attarde. D’habitude, pourtant, j’aime bien ce qu’écrit Serge Valletti, mais là… Les comédiens donnent tout ce qu’ils peuvent, mais rien n’y fait : je m’ennuie mortellement. Et ça dure près de deux heures !

Le Monte-plats

Ça ne s’arrange pas beaucoup avec Le Monte-plats. La pièce de Harold Pinter est très intéressante par son sens aigu de l’observation de l’être humain et par son humour caustique. Mais la mise en scène et les comédiens ne sont pas à la hauteur. Ils sont trop propres et manquent de folie. Je serai quand même moins sévère qu’une spectatrice qui me disait, d’une formule lapidaire, à la sortie : « C’est à chier ! »

La Métamorphose

Ça s’améliore avec La Métamorphose, de Franz Kafka, adaptée et mise en scène par Tiphaine-Anne Piffault. Le spectacle montre bien la difficulté que nous avons tous à communiquer avec des êtres différents et à, sinon les apprécier, du moins les tolérer. Quand nous n’essayons pas carrément de les éliminer. Laurent Prévot (Grégoire Samsa) me semble un bel acteur en devenir. À l’inverse, je n’ai pas apprécié le jeu des trois autres comédiens à cause du parti pris d’interprétation mécanique, voire hystérique que leur impose leur metteuse en scène. Je le regrette d’autant plus que Fabienne Augié, Vigjaya Tassy et Richard Grolleau me paraissent posséder une généreuse personnalité.

Laurel et Hardy vont au paradis

Le niveau monte encore d’un degré avec Laurel et Hardy vont au paradis. Les deux hommes sont dans un no man’s land spatial et temporel. Ils doivent construire un mur, guidés par des « instructions » écrites très précises.

La pièce de Paul Auster ausculte en premier lieu un problème qui concerne la majorité d’entre nous : accomplir un travail routinier, répétitif, plutôt absurde et sans doute inutile. Combien d’hommes et de femmes perdent leur vie à la gagner ? J’ai le sentiment qu’on n’insistera jamais assez là-dessus. Par ailleurs, l’auteur sonde nos rapports conflictuels ou résignés avec la hiérarchie interne (« Qui t’a fait le chef, Ollie ? ») et le pouvoir externe d’en haut, ici d’autant plus menaçant qu’il est invisible. Enfin, je crois y déceler une étude de couple, de tous les couples, où l’un veut dominer l’autre. En osmose avec le texte, le décor est superbe (réalisation des pierres : Christine Bazin), la mise en scène fluide et efficace (Nathalie Chemelny). Laurent Provots interprète correctement et avec rugosité Hardy. Mais Jean-Luc Blaix inocule avec éclat une vraie folie à son Laurel. Sa composition dégage beaucoup de charme.


Petite séance d’« échauffement nationaliste ».
(Carlos Martins, Rodolphe Blanchet
et Nicolas Violin.)


Froid

Enfin vient l’explosion : Froid, de Lars Norén. En Suède, trois jeunes gens s’ennuient. Deux d’entre eux viennent d’obtenir leur baccalauréat. Il faut fêter ça ! Ils s’y emploient avec application. À coups de bières, de plus en plus nombreuses. L’alcool aidant, les discours nationalistes se réveillent et déversent leur coulée de lave haineuse. Celle qui vitrifie la pensée et permet le passage à l’acte. Monstrueux.

Arrive alors un camarade de classe, qui a le tort d’être un Suédois d’origine coréenne…

Froid est une pièce extrêmement intéressante. Lars Norén et Renaud-Marie Leblanc (metteur en scène doué) choisissent d’exposer la peste raciste de manière frontale, sans distanciation. Nous sommes copieusement éclaboussés par le torrent des propos xénophobes et bousculés par la violence des flots.

La seule réserve que l’on peut émettre vis-à-vis de Lars Norén, c’est qu’il parie gros – et, en même temps, c’est tout à son honneur – sur l’intelligence du spectateur. Mais, conséquemment, des militants qui professent le rejet du différent peuvent se sentir confortés dans leurs convictions brunes. Pour les autres, la pièce est admirable dans son courage, dans sa précision, dans son architecture et dans l’évolution de ses personnages.

Les comédiens sont tous très bien, mais j’offre la palme à Rodolphe Blanchet, qui compose un adolescent à la fois con, terrifiant et perdu de haut vol. Renaud-Marie Leblanc et toute son équipe font à l’auteur le plus bel enfant qui soit : un enfant dérangeant. Ils ne nous laissent aucun répit et nous sortons du spectacle essorés et pantelants.

Vivement l’année prochaine !


• Froid, de Lars Norén
Compagnie Didascalies and Co • Marseille
didascaliesandco.chez-alice.fr
didascalies.co@9business.fr
L’Arche est l’éditeur et l’agent théâtral du texte
Texte français : Karin Ahlgren et Amélie Wendling
Mise en scène : Renaud-Marie Leblanc
Avec : Rodolphe Blanchet, Nicolas Violin, Carlos Martins et Simon Gillet
Création lumière : Erwan Collet
Théâtre des Halles 4, rue Noël-Biret • Avignon
Tél. : 04 90 85 52 57 – télécopie : 04 90 82 95 43
Théâtre des Halles
Contact Théâtre des Halles
Dimanche 15 janvier 2006 à 15 heures et jeudi 19 janvier 2006 à 21 heures

• Laurel et Hardy vont au paradis, de Paul Auster
Compagnie Moitié raison moitié folie • Bédarrides
Tél. : 04 90 23 43 86
Contact Moitié raison moitié folie
Mise en scène : Nathalie Chemelny
Avec : Jean-Luc Blaix et Laurent Provots
Scénographie : Nathalie Chemelny et Denis Rion
Création sonore : Fédéric Legras
Réalisation des pierres : Christine Bazin
Théâtre du Balcon 38, rue Guillaume-Puy • Avignon
Tél : 04 90 85 00 80
Contact Théâtre du Balcon
Samedi 14 janvier 2006 à 21 heures et jeudi 19 janvier 2006 à 19 heures

• La Métamorphose, de Franz Kafka
Cie La Troupe de M. Tchoum • Aix-en-Provence
Tél. : 06 80 63 30 88
Mise en scène et adaptation : Tiphaine-Anne Piffault
Avec : Fabienne Augié, Laurent Prévot, Vigjaya Tassy et Richard Grolleau
Assistantes : Benoîte Piffault et Anne-Laure Rouxel
Régie et création lumière : Raphaël Verley
Régie générale : Franck Michallet
Théâtre du Chien-qui-Fume 75, rue des Teinturiers • Avignon
Tél. : 04 90 85 25 87 – télécopie : 04 90 86 80 68
www.chienquifume.com
Contact Chien-qui-Fume
Mardi 17 janvier 2006 à 19 heures et vendredi 20 janvier 2006 à 21 heures

• Le Monte-plats, de Harold Pinter
Compagnie ArtScenicum • Toulon
Mise en scène et scénographie : Philippe Chuyen
Direction d’acteurs : Ivan Dmitrieff
Avec : Philippe Chuyen et Jacques Maury
Décors et lumières : Jacques Badeau
Costumes : Corinne Guilloux
Théâtre des Carmes place des Carmes • Avignon
Tél. : 04 90 82 20 47 télécopie : 04 90 86 52 26
Site André Benedetto
André Benedetto
Dimanche 15 janvier 2006 à 17 heures et vendredi 20 janvier 2006 à 19 heures

• Saint Elvis, de Serge Valletti
Compagnie Hi-Han • Toulon
Mise en scène : Frédéric Garbe, assisté de Manon Avram
Avec : Guillaume Cantillon, Franck Magis et Laetitia Vitteau
Scénographie : Frédéric Rebuffat
Création lumière : Nicolas Le Bodic
Théâtre du Chêne-Noir 8 bis rue Sainte-Catherine • Avignon
Tél. : 04 90 82 40 57
Théâtre du Chêne-Noir
Contact Chêne noir
Samedi 14 janvier 2006 à 19 heures et mardi 17 janvier 2006 à 21 heures

Tarifs : 12 € et 10 €, pass 5 spectacles 50 €

Scènes d’Avignon

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Published by Vincent Cambier - dans Chroniques 2005-06
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commentaires

Camille Vivante 12/02/2006 21:33

Tout à fait d'accord avec vous à propos de la pièce de Serge Valetti, "Saint Elvis" Tout le long de la représentation je me suis demandé comment on aurait pu sauver la pièce du fiasco, mais je crois finalement que c'était impossible. Valetti a fait un bide. Le metteur en scène a pensé que les noms d'Elvis et de Valetti suffiraient pour réussir. Cela a réussi à attirer des gens comme moi. Cela ne suffira pas à assurer une tournée... du moins s'il y a une justice!!!
Quant à "Laurel et Hardy vont au paradis", pour ceux qui ne l'ont pas vu en Janvier il est programmé à la Scène Nationale de Cavaillon où je me proposais d' aller avant même d'avoir eu vent de ce festival hivernal à Avignon. Ce sera le mardi 16 mai à 20h30. Qu'on se le dise!!
 

Chronique Fraîche