LA SYMPATHIE NE FAIT PAS TOUT
Ovationné par plusieurs milliers de spectateurs acquis à sa cause, Gad Elmaleh livre pourtant un spectacle fourre-tout en misant davantage sur son capital sympathie que son sens de
l'innovation et de l'originalité.
Le public est dans un état d'effervescence qui rendrait jaloux Johnny Hallyday et Mylène Farmer. La mythique salle du Forest National de Bruxelles est certes chauffée par quelques énergumènes
payés pour ça, mais l'engouement des Belges pour le Marocain le plus tendance de l'humour francophone est réel. Total. Inconditionnel.
Forcément, il va en jouer. Au départ, ça prend. Quelques pertinentes remarques sur ce conflit dont Brel soulignait la petitesse et que Desproges résumait par sa formule "Wallons rouges, flamands
roses". La salle dans un éclat de rire sans frontières jubile. Il est vrai que c'est drôle, pertinent et qu'une fois de plus l'humour érigé en arme absolue pour désamorcer les tensions qui n'ont
pas lieu d'être, sort vainqueur.
L'enfant star
C'est d'ailleurs dans ce registre -amplifier les comportements humains pour mieux en souligner l'absurdité- qu'il excelle, Gad, comme l'appellent les jeunes. Ce n'est pas nouveau dans le fond,
mais il sait y mettre les formes et le miroir à peine déformant qu'il tend nous aide à rire de nous-mêmes tant le reflet dans la glace prend des allures inattendues. Sont ainsi passés au crible
la technologie moderne (avec un aparté sur le GSM marocain absolument délirant), les réactions quand on vous offre des fleurs, mesdames, l'état extatique des parents devant leurs progénitures
(leur naissance, leurs dessins, leurs questions auxquelles on ne sait que répondre, leur sortie d'école...), l'achat des fringues, les restos chics (avec le "clochard" qui nous sert. Comprenez :
celui qui apporte les plats surmontés d'une cloche), les particularismes linguistiques et -probablement le moment le plus réussi du spectacle- une exégèse de la célèbre berceuse "Fais dodo Colin
mon p'tit frère".
Remplissage à outrance
Le capital sympathie dont le comédien bénéficie joue beaucoup et dans ces moments d'humour pur, ce gros "plus" pourrait hisser le spectacle vers les sommets du grandiose. Hélas, il sert trop
souvent à faire du remplissage. A cause notamment d’incartades itératives à un spectateur, dont sont ressassés patronyme, physique et déboires sentimentaux, le bavardage prend le pas sur le
comique et plombe un spectacle qui, ramassé sur une heure et demi (au lieu de plus de deux heures), aurait gagné en rythme. A trop faire le mariole sur cette scène, qu'il occupe toutefois très
bien, au lieu de se concentrer sur l'humour ravageur dont il est largement capable, Gad lasse et fait oublier les bons moments. C'est dommage, car l'énorme travail physique (danse, numéro
d'illusionniste), vocal (il chante plutôt bien), musical (piano et guitare) en plus du jeu à proprement parler se perd dans ces fanfaronnades sans fond. Au lieu d’un spectacle pluriel et
éclectique à la Devos, ce show aussi saturé de blablas que de lumières aveuglantes finit par saouler.
"Papa est en haut", extrait de la comptine citée ci-dessus sert de titre à ce spectacle dédié en grande partie à l'enfance. En haut de l'affiche ? Certes, mais il ne s'agirait pas pour autant de
s'y endormir car ils sont fragiles, ces lauriers de la gloire...
Franck BORTELLE (Paris)
Papa est en haut
De et avec Gad Elmaleh
Au Palais des Sports, Porte de Versailles, 75015 Paris
Du mardi au samedi à 20h30
Locations : 08 25 03 80 39 ou www.palaisdessports.com
Jusqu’au 18 avril 2008
Parole de lecteur