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Festival d'Avignon

10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 17:26
UN LEGUME SANS QUEUE NI TÊTE !

Olivier Desbordes a choisi de remettre au goût du jour Le Roi Carotte, œuvre méconnue d’Offenbach où les têtes couronnées ne portent pas que des tiares de pierres précieuses. Loin de la simplicité habituelle du genre, et malgré une troupe de grand talent, cette opérette potagère assez emberlificotée risque de vous laisser dans les choux.

Au début, schéma classique : Fridolin le un roi frivole, une riche promise peu farouche, des courtisans parasites, un ministre aux airs de mage, un peuple célébrant joyeusement son souverain à paillettes… Surgit un être surnaturel : il est petit, orange, fane droite et raide plantée sur son casque pointu, c’est le Roi Carotte, empereur légumier avide de pouvoir. Avec une sorcière complice, ce despote « enfané » renverse l’inconscient Fridolin et lui ravit sa fiancée. Fridolin doit réagir et vite…


Une fois n’est pas coutume, Offenbach n’a plus les pieds sur terre : son intrigue navigue entre un monde féerique et la réalité humaine. Mais à peine a-t-on saisi le début de la trame que la machine s’emballe, les histoires s’entrecroisent sans réelle logique. Très vite il devient difficile de suivre les tribulations loufoques de ce Roi Carotte, Napoléon bêta carotène bien décidé à aligner ses nouveaux sujets en rang d’oignons.

Tout cela est bien long, malgré une mise en scène acrobatique, avec peu de décors et beaucoup d’imagination. Pour faire s’enchaîner les 17 tableaux, sans pause, Olivier Debordes, spécialiste des défis, s’est lancé dans celui de mettre en scène un opéra-bouffe qui n’a quasiment plus été joué depuis sa création en 1872 ! Bien sûr, il a adapté au goût du jour les piques politiques, multiplié les indices faisant de Fridolin un personnage de romans à clefs. Mais il manque un soupçon de calembours à la Savary ou à la mode du Canard Enchainé. Malgré un pastiche de Karl Lagerfeld franchement drôle, l’ensemble sonne lourd et on comprend pourquoi ce Roi Carotte a eu tellement de mal à se faire une place de choix dans le palmarès des opérettes les plus populaires.

Et pourtant, mamie adore !

N’en déplaise à ceux qui n’adhèrent pas, impossible de faire l’impasse sur l’appréciation du public en majorité d’un âge honorable qui rit de bon cœur et même en redemande ! N’accusons pas les spectateurs d’être séniles, point du tout. Il faut cependant avouer que l’écart des générations se creuse instantanément. Les cheveux blancs se bidonnent, les jeunes accrochent péniblement. On ne peut s’empêcher de penser que l’immense talent des comédiens a été mal employé. Car ça se démène sur scène et on sent qu’Olivier Desbordes a pris un plaisir évident à monter ce spectacle auquel s’ajoute l’investissement sans concession de la fantastique compagnie de l’Opéra Eclaté. Hélas, un dénouement en deux coups de cuillère à soupe atteignant les limites de la crédibilité, même dans le monde magique de l’opérette, met à rude épreuve l’indulgence des récalcitrants.

Pourtant, je tourne la tête. Ma chère grand-maman est ravie de son après-midi. Elle ne regrette pas d’avoir fait une infidélité à Derrick. Non, cela en valait la peine. Tous ces froufrous, ce lutinage bon enfant, ces petites audaces politiquement incorrectes… quel frisson ! Mamie est heureuse, cela faisait belle lurette qu’elle rêvait de voir cette rareté. Tant mieux, on a bien fait de l’amener, rien n’est plus beau que le sourire d’une grand-mère. Et tant pis si l’on a soupiré d’impatience. Après tout, on ne peut pas plaire à tout le monde.

Marie-Pierre CREON ( Paris )

Le Roi Carotte, opérette féerique de Jacques Offenbach (1872).
Mise en scène : Olivier Desbordes
Direction musicale : Dominique Trottien
Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Lavergne
Décors et lumières : Patrick Gouron
Collaboration artistique : Eric Pérez
Adaptation du livret : Olivier Desbordes- Orchestration : Stéphane Pélégri

Au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, 75 015 Paris. Métro : Porte de Vanves.
Le mardi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30. Le mercredi à 19h.
Jusqu’au 19 Avril 2008.

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Published by Marie-Pierre CREON - dans À Paris 2007-08
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