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Festival d'Avignon

14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 14:12
ENTRE COMEDIE ET FILM NOIR

C’est une enquête policière atypique finement écrite et joliment interprétée qu’abrite le petit théâtre du Pixel en ce moment. Des personnages tiraillés entre leurs racines et leur présent. Le tout sur une musique cafardeuse que laisse échapper un piano. De cet étrange mélange naît un charme qu’il faut laisser agir…

Ricky est détective, pas vraiment privé mais privé quand même. Privé de tout, de vie, d’avenir. Il vient d’être muté dans le pire trou à rats du monde : La Motte-Beuvron, village qu’on traverse sans s’y arrêter, où l’on a le choix entre s’ennuyer à mourir ou mourir d’ennui. Ses rêves par procuration et ascendance interposée (un père américain qu’il n’a jamais connu) s’étiolent dans ce cloaque entre un inspecteur aboyant par borborygmes et une maîtresse timbrée qui se fait appeler Lola pour oublier qu’elle porte le nom moins glamour de Thérèse. Débarque une star de cinéma, originaire du village, qui a fui ses origines après la mort mystérieuse de ses parents. Un concierge est retrouvé assassiné.


Dualité à tous les niveaux
 
D’une intrigue à priori simple, Soizic Fonjallaz a échafaudé un spectacle étonnamment atypique et bourré de références. On ne navigue jamais avec les deux pieds dans le même bateau. La dualité est permanente, à tous les niveaux. Les personnages tout d’abord. Leur passé et leur présent se peuvent que se télescoper, ce qui induit inévitablement des fêlures voire des gouffres. Une rurale devenue légende du 7ème art, un détective qui se la jouerait bien Boggie dans « Le Port de l’angoisse » mais n’en a pas l’occasion, une nana flanquée d’un patronyme christique et qui se fait appeler Lola. Seuls le concierge et un énigmatique Jo semblent plus « normaux ». Oui, les guillemets s’imposent car ces deux-là sont morts. Rien de tel pour annihiler toute dualité.

Cette dualité, que l’on retrouve aussi dans les décors qui sont ici multifonctions, confère à l’ensemble de cette pièce un flottement entre deux eaux, ce qui n’est pas du tout déplaisant. Bien au contraire, il règne une atmosphère de fin de soirée que renforce le piano dont le fameux Jo titille les touches. Et du coup même si l’on ne peut s’empêcher de songer à l’univers des films noirs des années 40 ou encore à « L’Ange bleu » (Lola est appelée « mon ange » par Ricky), ce piano indolent renvoie aussi à ces scènes où Dewaere distillait son ennui des soirées entières dans « Beau-Père » de Blier.

Si ce spectacle surprend et surtout séduit, c’est bien parce qu’il se refuse à tout contingentement. Comédie ? Polar ? Etude de mœurs ? Tout cela à la fois. Cet ovni vient cueillir le spectateur et l’embarque dans ce village où rien ne se passe d’ordinaire. Sauf que là, un crime y a été commis et les acteurs de ce drame ne sont pas des gens tout à fait communs. Cet atypisme est d’ailleurs brillamment rendu grâce à des comédiens jeunes et plein d’allant, à commencer par le très charismatique Bruno Schmiedhausler qui porte haut la double casquette (décidément !) du narrateur et de ce détective désabusé, complexe, un peu velléitaire, déjà homme mais pas vraiment sorti de l’enfance.

Franck BORTELLE (Paris)

La Motte-Beuvron blues
Texte et mise en scène : Soizic Fonjallaz
Avec Bruno Schmiedhausler, Sophie Cartier, Caroline Tillette, Mathieu Beurton
Propositions, adaptations, compositions et interprétations musicales : Pauline Chazeau
Théâtre le Pixel, 18 rue Championnet, 75018 Paris (M° Porte de Clignancourt ou Simplon)
Réservations : 01 42 54 00 92
Jusqu’au 9 mai 2008 le jeudi à 20h30 et le vendredi à 19h45

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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