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Festival d'Avignon

16 février 2006 4 16 /02 /février /2006 13:53

ANDROMAQUE HERMÉTIQUE…

Spécialisée dans le théâtre baroque, la « Fabrique à Théâtre » prend le parti de mettre en scène une « Andromaque » figée et relativement linéaire. Dans le plus grand respect de la tradition racinienne, soit, mais qui rend la pièce hermétique et élitiste…

Ce n’est pourtant ni faute de talent, ni faute de moyens. Mais le spectacle n’est ni à la hauteur de l’un, ni à celle de l’autre. Trop hermétique, tellement campé sur ses prétentions de forme que la compagnie en oublie le fonds. Voire même le public.

L’histoire, tout le monde (ou presque) la connaît. Aux amours malheureuses des protagonistes (Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector… lequel est mort), se mêlent les affres de la raison d’Etat. Mais qui ne connaîtrait pas l’intrigue avant de venir voir la pièce n’y comprendra goutte. Les émotions sont gommées par la mise en scène, le sens des mots fuit sous la diction forcée des comédiens. Le jeu emphatique et la gestuelle exagérée des comédiens frise le ridicule. L’ennui frappe vite… et fort.

L’ensemble est pourtant largement revendiqué par la compagnie. « Cette relecture particulière nous plonge dans un monde où l'analyse psychologique n'existe pas, où le sentimentalisme romantique s'efface pour laisser paraître avec une infinie beauté l'âme du poète », explique Jean-Denis Monory (mise en scène)… Une infinie beauté à laquelle il est particulièrement difficile d’accéder tant la mise en scène accentue la gestuelle et la prononciation baroque. Tant elle efface l’émotion, évacuant tout contact physique – voire même visuel – entre les personnages. Alors, peut-être, le jeu ressemblait-il à cela à la Cour de Louis XIV. Peut-être le public n’était-il pas plus habitué que nous ne le sommes à ce genre de jeu… mais est-ce une raison suffisante pour reproduire l’élitisme et le snobisme intellectuel qui pouvait régner alors ? Le choix me semble des plus contestables.

D’autant que les difficultés d’accès de la pièce n’échappent pas à la compagnie qui accueille son public à grand renfort de plaquettes et tracts explicatifs de la démarche. Mais comment accrocher un public lorsque le texte, que la compagnie pense servir, perd à la fois son sens et sa portée en raison des choix « politiques » de mise en scène ? Peut-on se contenter de la beauté des costumes, de l’esthétique de l’ensemble et du talent des comédiens ? Difficile. Une partie de la salle n’attend pas l’entracte pour partir. Et on la comprend…

Car, si J.D. Monory estime que « de par sa forme, le théâtre baroque propose une nouvelle (et pourtant ancienne) lecture de ces grands textes du répertoire français, un dépoussiérage éloquent, invitant le spectateur non seulement à voyager dans le temps mais aussi à mettre de côté sa cérébralité et à se laisser toucher par la beauté… », il apparaît au contraire que seul le côté intellectuel de la démarche soit vraiment intéressant. Pour le reste, les émotions restent figées dans les masques de maquillage des comédiens, le manque de naturel, éminemment voulu par la compagnie empêche toute identification aux personnages, la codification de la gestuelle est lourde et lassante… Tant de travail, tant de moyens, tant de talent pour un tel résultat… Quelle déception !

Karine PROST (à Tours)

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Published by RUEDUTHEATRE - dans Chroniques 2005-06
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