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Festival d'Avignon

28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 20:14
GOGOL MAGNIFIÉ

Présenté par un jeune comédien qui conjugue talent et charisme, le célèbre monologue de Nicolas Gogol prend vie et forme dans un spectacle court mais intense, où prévaut une volonté de laisser dominer le texte. Le résultat est envoûtant.


Poprichtchine est un de ces gratte-papiers qui ne font qu’un avec les décors de bureaux crasseux qui les abritent. Il passe son temps à tailler des plumes pour son directeur, dont la fille lui a tapé dans l’œil. Cette dernière, promise à un homme de noble extraction, le méprise et le pousse imperceptiblement à la folie. Une folie qui le conduit à comprendre le langage des chiens et à se prendre pour le roi d’Espagne.


Sous des airs de ce qu’on nommerait aujourd’hui un délire paranoïaque, « Le journal d’un fou », publié en 1835, laisse évader, comme de nombreuses nouvelles de Gogol, des relents de souffre débusqués par la censure, qui biffa quelques passages de ce monologue. Impossible en effet de tolérer la manière dont est considérée une décoration impériale : une chienne la lèche et la trouve salée. Il n’en demeure pas moins que les phrases coupées ont laissé leurs racines et aujourd’hui encore, ce texte brille de son incontestable actualité.

Le mettre en scène requiert une humilité certaine. Car le texte est beau, fort, déchirant et part dans tous les sens. Il se suffit à soi-même et sa théâtralité ne sonne donc pas comme une évidence. C’est un monologue, art difficile sur une scène de théâtre. Antony de Azevedo, jeune comédien plein de fougue, s’est donc lancé un sacré défi : « Je cherchais un personnage seul en scène avec lequel je pouvais jouer plusieurs choses : légèreté, romantisme, folie, gravité; la littérature russe possédant de tels personnages et ayant découvert cette œuvre, cela m'a paru assez évident. » Personnage complexe en effet que ce Poprichtchine, témoin de la médiocrité bureaucratique grotesque d’un pays qui n’abolira l’esclavage que 25 ans plus tard et dont la structure pyramidale écrase, lamine les plus faibles.

Le texte au cœur du jeu


Antony de Azevedo a choisi un décor unique (une table de travail) et une seule tenue vestimentaire (un pyjama). Habile mélange pour suggérer la situation professionnelle du personnage et son état psychique qui s’enfonce dans une spirale de folie incandescente. Le reste, à savoir le caractère évolutif du drame, est induit par le jeu de scène. Avec une diction d’excellente qualité, le jeune comédien laisse la part belle au texte, celui de Gogol traduit par Louis Viardot (qui fut le mari de la célèbre concertiste Pauline Viardot, maîtresse de Tourgueniev). « Mon parti pris au théâtre est de servir le texte (quand il est beau évidemment) car je considère que le théâtre avant même d'être ultra réaliste selon les écoles est avant tout de l'art dramatique. Et dans cette expression il y a le mot  « art ». Il est donc naturel à mes yeux de laisser parler un auteur qui a consacré sa vie à la recherche de l'excellence par l'écriture… »

En puisant toute la substance à la fois comique, romantique, mystique, grotesque et tragique du texte de Gogol, Antony nous livre un spectacle d’une belle intensité. Son jeu témoigne d’un travail passionné et acharné, il sait toutefois se faire oublier et demeure sobre, sans débordement hystérique que pourrait induire un tel texte. Gogol comme Dostoïevski n’ont pas besoin de grands hurlements pour être mis en valeur. Ce jeune prodige l’a parfaitement compris. A l'évidence, la littérature russe lui sied à merveille. Avec son charisme et son talent, il ferait notamment un magnifique Raskolnikov…

Franck BORTELLE (Paris)

Le journal d’un fou de Nicolas Gogol
Traduction de Louis Viardot
Mise en scène et interprété par Antony De Azevedo
Durée : 1 heure
Jusqu’au 3 mai au Sudden Théâtre, 14bis rue Sainte-Isaure, 75018 Paris (Tel : 01 42 62 35 00)
www.suddentheatre.fr
Du mardi au samedi à 19 heures
Métro : Simplon ou Jules Joffrin

En mai et juillet au Laurette Théâtre, 36 rue Bichat, 75010 Paris
Septembre et décembre au Tremplin Théâtre, 39 rue des Trois Frères, 75018 Paris

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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