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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 21:15
HARO SUR LES CATHOS

En un peu plus d’une heure, Sophie Arthur fusille les cathos de tous poils à travers un portrait de famille sur quatre générations digne de Mauriac et Gide, mâtiné de Brassens, Mocky et Desproges. Un spectacle fulgurant d’à-propos et d’âpreté, férocement drôle, non dénué de tendresse et magistralement interprété.

Une malle, une chaise ensevelie sous un drap blanc, linceul de fortune d’un passé défunt, un tableau à l’envers, tout le décorum d’un grenier, caverne d’Ali Baba d’où surgissent les souvenirs, lieu propice pour se laisser aller à la confidence. Grand-mère d’un petit Léon vieux d’un mois qu’elle garde pour la journée, Charlotte arrive au milieu de ce bric-à-brac d’un temps révolu et ouvre la malle, métaphore éclatante de son cœur.


C’est le personnage de la grand-mère qui sert de pivot à ce portrait de famille férocement drôle et diaboliquement grinçant. Une de ces vielles carnes qui, outre son indécente longévité qui lui permit de laisser son empreinte indélébile sur trois générations, ne fut que bigoterie outrancière et outrageante, déclinée sous ses formes les plus monstrueuses. Le pêché, même par omission, la pudibonderie retranchée dans ses plus absurdes débordements de bêtise et qui rend tabou même la prononciation de certaines parties du corps (on parle donc de difformité ignominieuse ou de protubérance ignoble), Noël érigé en fête exclusivement religieuse honnissant le « mensonge mercantile du Père Noël » et qu’on célèbre à Lourdes… le ratissage est large.

Missiles anti-missel et coups de pied au culte

Ecrit à quatre mains, ce texte dont la bivalence sémantique est à elle seule un manifeste, regorge de missiles anti-missels et de coups de pied au culte. Forcément les dents - ou les dentiers - de certaines bigotes chères à Jacques Brel ne vont pas avaler ça comme du pain bénit. Hostile hostie, autel borgne et mare des grenouilles de bénitier, tel est le cri de guerre de cette brave Charlotte. Mais au-delà de cette stigmatisation se profile un drame, parfois masqué par la drôlerie du propos. Car non seulement il est question d’une jeunesse brisée, corsetée dans des principes judéo-chrétiens portés à leur plus paroxystique bêtise (qu’évoque en contrepoint le personnage de la cousine jumelle, fille d’un comédien, et qui mène une vie de plaisir et d’oisiveté), mais aussi de peur de reporter involontairement ce modèle sur la génération qui vient. Le déterminisme génétique est-il soluble dans l’eau bénite ? Cette question, Sophie Arthur la joue avec une admirable force, faisant de ses silences des gouffres d’interrogation. On ne rit plus, alors. On compatit en espérant que l’avenir ne soit pas le prolongement de son passé. En ce sens, ce texte contestataire et dissident prend une valeur quasi politique et secoue nos consciences en nous rappelant que le mouton qui crèche en chacun de nous n’est pas obligé de se laisser tondre la laine sur le dos…

Franck BORTELLE (Paris)

Je vous salue Mamie
Texte de Sophie Arthur et Marie Giral
Mise en scène de Justine Heynemann
Avec Sophie Arthur
Durée : 1h15
Théâtre La Bruyère,  rue La Bruyère, 75009 Paris
Du lundi au samedi à 20h30 samedi à 17h30
Location au 01 48 74 76 99

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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commentaires

Roselyne PLOUX 24/05/2008 19:35

Excellente pièce, pleine d'émotion.... et tellement juste.BRAVO !!Espérons que le bouche à oreilles fonctionnera, la salle n'était qu'aux 3/4 pleine : incompréhensible !!

Chronique Fraîche