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Festival d'Avignon

29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 11:59
AMOUR, POESIE ET BOUTEILLES DE BIERE

Alcoolique mythique, Bukowski n’en était pas moins un grand écrivain et un poète à la sensibilité extrême. La compagnie 104bis tente avec cette pièce de confronter ces deux facettes d’un personnage fascinant.

Le dicton populaire veut que les contraires s’attirent. Si c’est le cas, alors Cass, « la plus jolie fille de la ville », devait irrémédiablement être attirée par Hank, le mec le plus moche de la ville. Dans cette nouvelle de l’américain Charles Bukowski, Hank est le double de l’auteur, un paumé qui fréquente des lieux sordides, essentiellement des bars. C’est dans l’un de ceux-ci, le West End bar, que Hank croise la route de Cass. Sans doute repère-t-elle dans le personnage de Hank le double Bukowski, un poète dont l’humanité se retrouve essentiellement dans ses écrits. Sans doute repère-t-il immédiatement dans Cass la jeune femme frôlant la folie, cette « folie ordinaire » qui consiste à n’être pas semblable aux autres. Hank et Cass boivent un coup ensemble, passent la nuit ensemble, s’aiment à leur façon.


Hank est seul dans sa chambre, Cass n’apparaissant qu’au travers de son récit, un long soliloque dressant le portrait de cette femme hors du commun. Des dizaines de bouteilles de bière jonchent le sol comme un parcours retraçant les déambulations hallucinées de Hank de son lit au frigo, du frigo au bureau, du bureau aux toilettes… C’est ainsi : Hank est dans la pièce un écrivain à la sauvette qui ne quitte son biberon de bière que pour dormir et se raconter à soi-même l’histoire d’un amour lointain.

Trou noir et noir comme un trou

Hank (Guillaume Cesbert) n’est pas si seul, finalement : un autre double de Bukowski sort parfois d’un paravent au fond de la chambre, se déplace avec grâce et sensualité entre les bouteilles de bière et déclame des poèmes. « Il y a un rossignol bleu dans mon cœur qui veut sortir mais je l’arrose de whisky et de fumée de cigarettes et les putes, les patrons de bar et les épiciers ne sauront jamais qu’il est là », dit-elle, car ce double est une femme (Michela Orio), qui croise Hank, la loque cynique qui rêve de Cass. Le dicton veut que les contraires s’attirent : si c’est le cas, alors Bukowski est comme un trou noir au sein duquel des identités multiples et opposées se croisent continuellement. Tel est en substance le propos de la compagnie 104bis qui souhaitait faire un montage entre une nouvelle de Bukowski et des poèmes afin d’échapper au cliché de l’écrivain alcoolique et dégueulasse, cliché qui aura à la fois permis au mythe Bukowski d’exister et en même temps contribué à donner une image déformée de l’écrivain qui se disait poète mais dont les œuvres les plus connues sont des romans.

Une belle initiative, donc, mais qui n’est malheureusement pas parfaitement maîtrisée par les metteurs en scène et interprètes. Il y a d’abord un problème d’équilibre : le poids de la nouvelle dépasse celui des poèmes et les apparitions de la femme passent pour des intermèdes, comme une faible lueur de lucidité au milieu d’un délire éthylique. Se pose ensuite la question de l’interprétation du personnage de Hank que Guillaume Cesbert a rendu antipathique, non pas parce qu’il est vulgaire et qu’il boit comme un trou mais parce qu’il ricane constamment, un rire jaune qui se voudrait grinçant mais qui agace plus qu’il n’apporte au texte. Dommage. Dommage parce que les textes sont par ailleurs joués avec clarté et conviction et parce que le postulat de départ était à la fois ambitieux et pertinent.

Enthousiastes et pleins de sève, Guillaume Cesbert et Michela Orio donnent finallement envie de suivre les progrès futurs de la toute jeune compagnie 104bis, qui en s’attaquant à Bukowski a montré qu’elle n’avait pas froid aux yeux.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

La Plus Jolie Fille de la Ville
D’après Charles Bukowski
Mise en scène et interprétation : Guillaume Cesbert et Michela Orio
Jusqu’au 2 mai 2008 du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 17h
Théâtre le Proscénium 2, passage du bureau, 75011 Paris

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2007-08
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