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Festival d'Avignon

2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 20:35
L’HUMANITE DE L’ASSASSIN

Simenon au théâtre, est-ce possible… ? Non, nous sommes habitués à fréquenter ce grand auteur derrière le poste de télévision, bien calé dans notre fauteuil le dimanche soir, à suivre des enquêtes du Commissaire Maigret ou à s’aventurer dans les dédales de ses romans. Simenon sur les planches, allons… Et pourtant, l’écrivain refusa à maintes reprises de céder ses droits d’adaptation à la scène à tous ceux qui lui proposaient. Tous, sauf à Robert Benoît, acteur de génie qui prend chaque soir à charge un monologue d’une heure quarante tiré de Lettre à mon juge. Dans cet exploit magnifique, Robert Benoît nous emporte dans une histoire de passion et de meurtre pleine d’une palpitante d’humanité.


Charles Lavoine, honorable médecin de province sans histoires, a tué une femme. De sa geôle, il écrit à son juge une longue, très longue missive dans laquelle il révèle ce qu’il n’a pas pu dire devant la cour d’assises. C’est ainsi que sans pudeur ni les artifices de la défense, il raconte ce geste prémédité, loin du plaidoyer fondé sur la folie. Au-delà de l’autobiographie explicative, il se livre pour reconquérir sa dernière dignité : l’affirmation de sa raison. Non, mon juge, je ne suis pas fou, je n’aurais jamais plaidé la folie, je suis parfaitement normal. Car, après tout «  personne ne se doutait qu’un jour, je deviendrais ce qu’on appelle un criminel… ».


La scène est sombre, dépouillée. La salle propice aux confidences. Une proximité unique avec l’acteur renforce l’intimité du récit, immédiatement prenant. La voix de Charles Lavoine sort de la semi-obscurité, explorant les méandres de ses souvenirs. De son enfance normande à ses premiers émois, d’une carrière professionnelle tracée par une mère ambitieuse, jusqu’à un mariage convenu, on suit cet homme qui s’en remet benoîtement aux autres. Jusqu’à ce que la passion destructrice fasse voler en éclats les pulsions contenues et que Charles Lavoine nous emporte dans sa dérive… Du début à la fin, on reste suspendu aux lèvres de Robert Benoît qui donne beaucoup de sa personne, jusqu’à en transpirer abondamment. Oh, oui, pas de doute, il vit intensément le rôle. Dans chaque pause, dans chaque virgule, chaque adjectif, chaque geste, Robert Benoît exprime Simenon. Il est le texte. En dehors l’aspect humain, reconnaître de l’humanité en chaque condamné, c’est également l’occasion de découvrir ou de redécouvrir l’univers si particulier de Georges Simenon.

Le monologue sent le pavé mouillé des soirs de pluie, le cigare épais que l’on écrase dans le cendrier d’un comptoir, les hôtels à quatre sous, le café froid pris sur un quai de gare au petit matin, les jeunes femmes en silhouette New Look. Un univers où les désirs sont étouffés par une petite bourgeoisie de Province soucieuse des apparences. Une vie en noir et gris, une vie qui sent le meuble ciré, le pot-au-feu du dimanche, les familles de notables, où les joies étouffent derrière les épais rideaux des maisons cossues, une vie où l’alcôve a des allures de prie-Dieu et où l’on dérive telle une feuille morte. La voix grave et modulée de Robert Benoît fait ressentir toute la substance d’un amour fou, où chaque détail compte, où mille petits riens s’amassent pour atteindre le point de non retour…

Laissez-vous saisir par la beauté du texte et par la force qui s’en dégage, embarquez-vous pour 1h 40 d’intensité vibrante comme on en voir rarement au théâtre.

Marie-Pierre CREON (Paris)


Lettre à mon juge
Texte : Georges Simenon
Interprétation et adaptation : Robert Benoît
Mis en scène Robert Benoît
Lumière: Emmanuel Wetischek
Costumes: Olessia Kojora
Collaboration artistique : Nathalia Apekisheva
Photo © Marthe Lemelle/TOP

Location : A partir du 23 Avril au 7 juin 2008. Du Mardi au samedi au Lucernaire à 21h, 53 rue Notre-Dame des Champs, 75 006 Paris. Métro : Notre-Dame des Champs / Montparnasse Bienvenue. Renseignements : http://www.lucernaire.fr ou au  01-45-44-57-34.
Site web du spectacle : www. pic-art-theatre.fr

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Published by Marie-Pierre CRÉON - dans À Paris 2007-08
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