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Festival d'Avignon

3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 19:49
LA FOLIE COMME ARME

Ecrivain italien du 19e siècle, Luigi Pirandello s’est illustré par des pièces finement écrites. Avec « Henri IV », il livre une oeuvre qui joue sur l’entremêlement entre réalité et fiction. Massimiliano Verardi, grand admirateur du dramaturge, a décidé de mettre en scène cette pièce étonnante.


Suite à une chute de cheval provoquée par son rival Tito Belcredi lors d’une soirée déguisée, un homme perd la mémoire et se prend pour Henri IV d’Allemagne. Entretenant la folie de cet homme, ses proches lui ont aménagé depuis 20 ans un château pour qu’il vive cette vie factice.


L’idée de cette pièce est intéressante puisqu’elle met en jeu différents paradoxes qui, alliés entre eux, se révèlent très efficaces. Il y a d’abord cette réalité tangible dans laquelle évoluent famille, femme, fille, amant et docteur, autant de personnages conscients de leur identité et du fait de vivre au 20e siècle (1). Tous s’inquiètent, avec plus ou moins de sincérité, de l’état critique de « Henri IV » et tentent de mettre fin à cette pathologie. Pour cela, ils choisissent d’adopter des costumes d’époque et de jouer des rôles de personnages historiques. Très à l’aise entre eux, ils le sont beaucoup moins face à « Henri IV », s’adaptant maladroitement au monde abscons de ce fictif souverain vieillissant du XIe siècle. Le glissement permanent entre le vrai et le faux, entre la certitude et la vraisemblance permet un brouillage des pistes effectif où chacun se perd à jouer un rôle qu’il ne maîtrise pas et qui le trahit.

Lumineux personnage

« Henri IV », dont l’arrivée est consciemment retardée, est rendu énigmatique par les nombreuses interrogations qui pèsent sur lui. Georges d’Audignon, dans ce rôle équivoque, offre un jeu d’une grande intensité. Il erre sur scène, gratte frénétiquement son bras, tord son corps abîmé, mimant la gestuelle obsessive d’un fou. Tour à tour menaçant, imposant, perdu, naïf, enfantin, peureux, il est dans une ambivalence dramaturgique telle qu’il est ardu de croire à son mensonge : alors que son entourage croyait qu’il menait le jeu, c’est en fait lui qui, depuis 8 ans, s’amuse pernicieusement à manipuler les autres. Rongé par l’injustice d’avoir été enfermé 20 ans par des gens qui n’ont pas cherché à l’extraire de sa folie, il veut aujourd’hui se venger. C’est par une colère sourde et timbrée et un acte ultime qu’il pansera, à sa manière, ses vives blessures.

Cette âme meurtrie qui a connu la folie, qui s’en est sortie et qui maintenant est sur le fil, prête à chuter, est admirablement incarnée par un Georges d’Audignon qui sauve, par là même, l’interprétation parfois incertaine des (trop) nombreux comédiens qui le secondent.

La pièce « Henri IV » mérite, malgré quelques inégalités regrettables, d’être vue pour la singularité du sujet et l’interprétation réussie de son personnage éponyme.

(1) Verardi a choisi de faire se dérouler l’action au 20ème siècle.

Cécile STROUK (Paris)

Henri IV (Paris)
Auteur : Luigi Pirandello
Mise en scène : Massimiliano Verardi
Interprétration : Georges d’Audignon, Luc Baboulene, Thierry Dauplais, Laurence Guillermaz, Ronan Le Nalbaut, Dimitri Michelsen, Philippe Collin ou Philippe Savalli, Iris  Trystram

Au théâtre Le Passage des Etoiles (Paris), jusqu’au 4 mai, tous les soirs à 20h30 et le dimanche à 17h
Réservation : 06 17 23 57 47

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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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