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Festival d'Avignon

6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 18:28
QUAND LE TROTTOIR SE FAIT POÈTE

Tour de chant et tour de force. Deux chanteuses, un chanteur et une accordéoniste pour plus de vingt personnages réunis par l’inépuisable répertoire des ritournelles d’antan. C’est vivant autant que vivifiant, drôle et émouvant. Show devant !

Elles ont la gouaille des harengères vipérines du temps jadis, de celles qui sont nées sur le trottoir. Grande gueule et cœur tendre. Fagotées à la « décrochez-moi ça », des trous plein le paletot, elles poussent la chansonnette. Pas n’importe laquelle. L’inusable, l’immortelle, celle dont on ne se lasse pas. Celle qui brille de tant de modernité qu’elle relègue les jérémiades post-Raphaëliques et autres « Pagnyaiseries » au musée des vieux guignols. Cette chanson qu’on étiquette réaliste parce qu’on ne sait pas trop où la placer. Ou parce qu’on n’ose lui redorer le blason d’un « poétique » qu’elle ne semble pas mériter. Cette poésie-là ne se récite pas le regard torve et le front altier. Elle se chante, se vocifère, se hurle parfois ou se susurre comme une confidence. Le tout est de savoir y faire, de se mettre au service de ce texte. C’est l’humilité faite talent.


Ce talent-là, les « Nag’airs » en sont bourrés. Brigitte Faure alias « La Baya » (en hommage à une chanson éponyme d’Arletty) et Malène Lamarque, qui assurent les voix féminines, ont l’aura des grandes de jadis. Cintrées dans un corsage qui met en forme leurs généreuses rondeurs, elles prennent un plaisir insolemment communicatif à nous en mettre plein la vue et les oreilles. Tour à tour cocues ou putains, travelos ou sadomasochistes selon que le texte est signé Evrard, Gainsbourg, Bottom ou Vian, elles campent autant de personnages que de chansons, jouant de leur organe vocal, changeant de tessiture autant que d’attribut vestimentaire.

De la bonne humeur à plein régime

En mâle contrepoint, avec un look modulable à l’infini pour épouser le sort tragique du « Poinçonneur des Lilas » ou jouer les machos éplorés de « Si tu reviens », Michel Tavernier apporte modération et flegme au duo vitupérant de ses deux partenaires. Tous trois sont accompagnés de l’accordéon virtuose de Françoise Préaux, qui assure aussi quelques chœurs.

Les morceaux s’enchaînent avec un rythme endiablé et la performance scénique est confondante. C’est de la bonne humeur à plein régime pendant plus d’une heure. Sans se prendre au sérieux, avec des airs d’amateurs (apanage des plus grands que de savoir masquer le travail pourtant énorme qui permet un tel résultat), ces quatre zigues rendent le plus bel hommage qui soit à ce patrimoine inestimable qui, voilà plus de 50 ans, bien avant l’internet et le téléchargement, apporta au monde entier, par la voix de Piaf, Trenet ou encore Gréco l’éclatante vitalité de la chanson française.

Avec simplicité, les « Nag’airs », en une vingtaine de chansons judicieusement choisies pour que nous en découvrions une bonne moitié, nous prennent par la main pour un show éclatant de vitalité, de drôlerie, de joie de vivre où le passé et le présent se donnent la main. Ce n’est rien de dire que durant une heure, à deux pas de la butte Montmartre immortalisée par Bruand, à quelques mètres du Pigalle de Georges Ulmer, on cultive l’art d’embarquer le spectateur pour un beau voyage dans le temps, sans le déconnecter du monde d’aujourd’hui.
Franck BORTELLE (Paris)

Les divas du pavé (Paris)
Avec les comédiens chanteurs: Brigitte Faure, Malène Lamarque et Michel Tavernier
Accompagnement à l'accordéon : Françoise Preaux
Mise en scène: Patrick Potot
Durée : 1h10
Théâtre de l’Atelier Montmartre, 7 rue Coustou, 75018 Paris (M° Blanche)
Tous les mercredis à 20 heures.

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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