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Festival d'Avignon

6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 18:48
DÉLIRE D’UNE NUIT D’ÉTÉ

Gilles Tourman découvre Nietzsche avec « Ainsi parlait Zarathoustra. » Cette œuvre poétique pleine d’idées novatrices l’a amené, quelques décennies plus tard, à écrire « Nietzsche, Wagner et autres cruautés », pièce virtuose qui livre un portrait sensible du philosophe prussien.

« Nietzsche, Wagner et autres cruautés » raconte la dernière nuit de Friedrich Nietzsche. Devenu fou à cause de la syphilis, Nietzsche sombre dans des délires paranoïaques qui sont l’occasion de faire revivre les personnes qui ont eu un impact important sur sa vie d’homme et d’artiste. En même temps que de se plaindre de sa sœur traîtresse, il règle ses comptes avec Richard Wagner et retrouve Lou Salomé, cette juive qu’il aima d’un amour charnel et fécond.
Dans cette valse tour à tour fantomatique, fantasmée et réelle, Nietzsche laisse parler son art dans des accès d’aliénation et de lucidité saisissants. Le comédien Emmanuel Dechartre incarne avec sensibilité cet homme perdu dans la fièvre de sa maladie. Nerveux, rêveur, ailleurs, fougueux et absent, il réussit à faire revivre son personnage au travers d’une interprétation virevoltante et virtuose qui met l’accent sur la succession illogique d’émotions spontanées.


Ce qui agite le plus Nietzsche, c’est la colère que suscite en lui le comportement de Richard Wagner. Alors que le musicien tente de légitimer son aversion pour les juifs, Nietzsche refuse de l’écouter, déçu par les idées antisémites d’un homme qui a tant inspiré sa philosophie. Vêtu d’une longue cape noire, Wagner, interprété par l’imposant Jean-Pierre Gernez, dégage quelque chose de terrifiant et d’écrasant face à ce Nietzsche affaibli, incontinent et dépendant de sa sœur Elisabeth qui l’aide aux choses les plus vulgaires. Humilié, Nietzsche en profite pour critiquer cette femme qui a sali son œuvre en lui donnant des teintes nazies. La comédienne Marcelline Collard interprète avec une sombre retenue cette femme qui déambule jalousement autour du corps de son frère et qui profite pernicieusement de son génie.

Entremêlement de deux moments d’histoire

Cette sœur équivoque permet de faire le pont entre la dernière nuit de son frère, en 1900, et l’année 1934. Marc Lesage a choisi de mettre en scène ces deux époques en un parallèle physique et linguistique permanent. Les scènes se déroulent côte à côte, évoquant ainsi les ressemblances et dissemblances entre l’œuvre réelle de Nietzsche et celle nazifiée par sa sœur. L’année 1934, jouée à droite de la scène, plonge le public dans une Allemagne qui prépare le culte d’Hitler. Usant d’une propagande artistique soignée incarnée par la sensuelle cinéaste Leni Riefenstahl, Jospeh Goebbels, bras droit du Führer, installe les fondements du nazisme et de la race arienne. Des images d’Hitler et du peuple allemand projetées sur les murs de la scène ainsi que des instants d’opéras wagnériens manifestent la métamorphose de cette Allemagne uniformisée.

A travers une mise en scène audiovisuelle et sonore, qui soigne les lumières et qui se sert de la folie de Nietzsche pour justifier certains instants débordants, la pièce acquiert une dimension mythique où les personnages se retrouvent dans des incohérences spatio-temporelles d’une efficacité certaine.

« Nietzsche, Wagner et autres cruautés » est une pièce étonnante qui mêle à sa portée didactique, une portée historique et ludique tout à fait harmonieuse. A découvrir.

Cécile STROUK (Paris)

Nietzsche, Wagner et autres cruautés (Paris)
Auteur : Gilles Tourman
Mise en scène : Marc Lesage assisté de Mélanie Vay
Interprétation : Emmanuel Dechartre, Jean-Pierre Gernez, Marcelline Collard, Smadi Wolfman, Maria Blanco, Stéphane Olivié Bisson
Scénographie : Katia Oudot
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Costumes : Roberto Rosello
Chorégraphie : Yano Iatrides
Adaptation musicale : Denis Uhalde
Montage vidéo : Anja Lüdcke
Illustration sonore : Laurent Compignie
Régie générale : Bruno Golfetto

Au Vingtième théâtre à Paris, du 2 mai au 22 juin 2008, le mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h30 et le dimanche à 15h
Réservation : 01 43 66 01 13
Photo © DR

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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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