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Festival d'Avignon

8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 21:02
QUAND LE DESTIN S'EMMÊLE

Entre vaudeville et polar noir des années 50, le tout mâtiné d’un soupçon d’univers kaurismäkien, « Pantagleize », dont la densité du texte est contrebalancée par une mise en scène énergique voire acrobatique, s’interroge sur les impondérables dérapages de la destinée et leurs conséquences. (Méta)physique, drôle, burlesque, loufoque et doté d’une interprétation puissante, voilà un spectacle intense.

Quel drôle de truc que le destin, quand même ! Une phrase des plus banales prononcée par un quidam un peu ailleurs, dans sa bulle de philosophe, et le voilà embarqué dans une aventure qui va révolutionner son existence. Une phrase comme « Quelle belle journée aujourd’hui, n’est-ce pas ? » que tout le monde prononce volontiers le matin en se levant pour se donner entrain et ardeur à la tâche et c’est parti ! Ce jour-là, s’il avait plu, Pantagleize n’aurait jamais dit une chose pareille. Il n’aurait donc pas prononcé le mot d’ordre d’une révolution en marche, ne se serait pas retrouvé dans une inextricable histoire de trésor volé, ne serait pas tombé amoureux de la belle Rachel, ne se serait pas trouvé aux prises avec les forces de l’ordre, n’aurait pas vu sa prophétie onirique se réaliser aussi vite, le jour de ses 40 ans « âge où l’on glisse dans la catégorie des ratés ».


Le texte de Michel Ghelderode, auteur assez méconnu du 20ème siècle, navigue en permanence entre excentricité quasi surréaliste et conte philosophique voltairien. Surréaliste au sens fort du terme, avec son cortège de situations dont l’amoncellement dynamite le réel (anniversaire, jour d’éclipse lunaire, concomitance des événements) et philosophique sous l’impulsion du personnage central qui oscille entre ses rêves et sa naïveté à leur donner corps. Sous ce double vernis se cache bien sûr une satire politique qu’incarne l’apolitisme du personnage de Pantagleize, Pierrot lunaire entre Candide et héros des films de Kaurismäki. Une satire aux accents d’antimilitarisme absolument savoureux (les scènes avec le général sont d’une drôlerie absolue) mais aussi de vanité du jeu social auquel Pantagleize involontairement se soustrait pour évoluer dans son monde à lui.

Une mise en scène très chorégraphiée

Pour mettre en scène ce texte assez lourd, intense, voire hermétique, il était nécessaire d’insuffler un peu de légèreté en contrepoint. Philippe Awat s’en sort avec les honneurs. Même si l’accessibilité du texte n’est pas toujours évidente, la scène s’anime avec une telle ferveur, une telle énergie que le spectacle se charge d’un réel pouvoir de séduction. Un décor fait de panneaux de bois amovibles symbolisant les murs d’un peloton d’exécution ou ceux d’un bar, d’un appartement ou cloisonnant l’enceinte d’un tribunal militaire va jouer un rôle essentiel. Se mouvant avec une élégance quasi chorégraphiée, déplacés par les comédiens eux-mêmes, ces immenses panneaux ancrent le texte dans une réalité tangible. Témoins des pires moments de cette journée unique dans tous les sens du terme, ils induisent, par leurs mouvements, une belle énergie à ce spectacle aussi aérien que terrestre tout en confinant les personnages dans leur cloaque existentiel. La musique, empruntée au style de celle des polars des années 50, accompagne des courses-poursuites à travers les labyrinthes créés par ce décor et va, par conséquent embarquer le spectateur dans l’univers des films de Samuel Fuller ou Nicholas Ray. La direction des comédiens est, quant à elle, de très haut vol. Le texte sort grandi grâce à ces neuf interprètes au jeu puissant, fougueux et surtout d’une grande homogénéité. Le satisfecit mérite d’être collectif.

La rareté de ce spectacle en fait sa force, non seulement parce qu’il nous fait découvrir un auteur peu connu mais parce qu'il nous interroge avec habileté sur cette étrange convergence de faits que certains nomment le hasard, d’autres le destin.

Franck BORTELLE (Paris)

Pantagleize (Paris)
Texte de Michel de Ghelderode
Mise en scène : Philippe Awat
Assisté de Jean-Charles Maricot

Scénographie et accessoires : Grégoire Faucheux
Lumières : Nicolas Faucheux
Création sonore : Victor Belin et Antoine Eole
Vidéastes : Michaël Dusautoy et Frédéric Pierre
Régie générale et vidéo : Frédéric Pierre
Costumes : Dominique Rocher assistée de Elsa Capus
Perruques : Catherine Saint-Sever
Maquillages : Nathalie Casaert

Avec Sandrine Bounhoure, Anne Buffet, Jean-Marc Charrier, Jean-Charles Delaume, Gora Diakhaté, Florent Guyot, Bruno Paviot, Magali Pouget, Lionel Robert

Théâtre d’Ivry Antoine Vitez, 1 rue Simon Dereure, 94200 Ivry M° Mairie d’Ivry
Du 5 mai au 1er juin 2008, les mardis, mercredis, jeudis et samedis à 20 heures, jeudis à 19 heures, dimanche à 16 heures.



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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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