DEUX DESTINS CROISES, OEUVRES DE FEMMES, ET NON "OUVRAGES DE DAMES" !
Parole aux femmes : depuis les personnages jusqu'à celle qui les a imaginés et retour vers celle qui les porte à la scène et celles qui les incarnent …
Ce spectacle est passé en météore lors de la saison 2005-2006. Cela ne l'a pas empêché d'être remarqué et gratifié de récompenses, soit : Meilleur espoir masculin : Eno Krojanker, Meilleure
scénographe : Olivia Mortier (pour toutes ses participations de la saison) et la "Kirsh Compagnie" elle-même, nominée en catégorie "Meilleure découverte"au "Prix du Théâtre". Des distinctions
tout à fait méritées, qui seraient à élargir à tous les participants du spectacle et on remercie donc l'Océan Nord d'avoir reprogrammé ce projet de Virginie Strub qui a réalisé l'adaptation du
roman du Prix Nobel 2004 de Littérature, Elfriede Jelinek, et l'a portée à la scène. Virgine Strub est suissesse, Elfriede Jelinek est autrichienne. Le texte est fort et féroce et pourtant… Il
commence comme une jolie carte postale, conté par une narratrice/Céline Greleau, dont le ton aimable d'hôtesse contrastera singulièrement avec ce qui va suivre car…
Ce que cache "ce beau pays avec ses monts et ses vaux"…
Dans la petite usine locale (pareillement décrite de manière séduisante) travaillent des ouvrières en textile. Une providence pour les femmes de la région. Pas si sûr… Certaines n'étant pas
attirées par un destin tout tracé s'en cherchent un autre. De simples couturières elles veulent "être plus que moins" - statut social amélioré ou "Amoûr" idéalisé - et Brigitte la Battante comme
Paula la Naïve, vont emprunter pour cela deux chemins bien différents : l'un déclaré "le bon", l'autre "le mauvais", par la petite société hypocrite et sans âme qui les entoure et qui les juge.
Les deux histoires vont se croiser dans le spectacle, comme les fils de la Grande Fileuse et l'on n'a pas peur d'évoquer des figures mythiques tant le trait, volontairement grossi à l'extrême,
fait de ces personnages et de leurs comparses, des archétypes.
La plume de Jelinek, déjà trempée dans un mélange corrosif est relayée par une mise en scène pleine d'énergie, de punch, autant que d'inventivité et de précision horlogère, soutenue en cela par
la scénographie d'Olivia Mortier et par le jeu d'excellents comédiens. Le ton détaché, impavide, de la narratrice illustre à merveille une des phrases à l'humour significatif du spectacle :
"Souvent les femmes se marient…ou périssent d'une autre façon". En contraste violent, les quatre héros pitoyables de ces deux histoires sont incarnés par deux comédiennes : Malthilde Lefèvre pour
Brigitte, Hélène Moor pour Paula et deux comédiens : Erno Krojanker/Erich, Christophe Lambert/Heinz, des personnages parlant en "je" et en "il/elle" en alternance (quand ils n'endossent pas
d'autres rôles), avec une virtuosité et un abattage étourdissants (seul petit reproche : le nombre élevé de décibels, inutile, tant pour les voix que pour la bande-son). C'est à la fois
grotesque, brutal, cruel, terrifiant, pitoyable, pathétique… et terriblement efficace, toujours.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Texte : adaptation de Virginie Strub d'après Elfride Jelinek dans la traduction de Yasmin Hoffmann et Maryvnne Litaize/édit. L'Arche
Mise en scène : Virginie Strub assistée de Emilie Desmedt
Scénographie : Olivia Mortier assistée de Christophe Wullus
Interprétation : Céline Greleau, Eno Krojanker, Christophe Lambert, Malthilde Lefèvre, Hélène Moor
Costumes : Anne Sollie
Lumière : Nicolas Sanchez
Son : Isabelle Soumeryn-Schmitt
"Kirsh Compagnie" au théâtre "Océan Nord", du 6 au 17.5.2008, 20 h 30 (sauf Di et Lu; Me à 19 h 30) - Tél : +32(0)2.216.75.55 - info@oceannord.org - www.oceannord.org – www.kirshcie.org
Crédits photos © Michel Boermans
Parole de lecteur