Air du temps

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Mercredi 14 mai 2008
UNE INTERPRETATION SOBRE ET POIGNANTE

Ce n’est peut-être pas la 38e Médée, à l’instar de l’Amphitryon de Giraudoux - auteur à qui Anouilh est fort redevable pour l’ensemble de son oeuvre -, mais on n’en est pas loin ! Le mythe, et la monstruosité de surcroît, n’ont pas fini de provoquer, de bousculer l’imaginaire.


En littérature, Euripide, Ovide, Sénèque, Corneille, pour ne citer que les plus célèbres (8 autres pièces ont suivi celle de Jean Anouilh), Delacroix en peinture, Charpentier, Cherubini ou Darius Milhaud (opéra de 1939), Mikis Theodorakis, en musique, enfin le très beau Pasolini de 1969 : tous se sont interrogés sur la personne et le destin de cette femme épouvantable - au sens étymologique du terme.

La pièce de Jean Anouilh paraît en 1946 dans le recueil des Pièces noires, peu après Antigone (1944), et sera reprise en 1953. L’action est resserrée autour de trois personnages : Médée, Jason, la nourrice ; et l’auteur n’a pas dédaigné de transposer le mythe dans une modernité qui prétendait en souligner l’universalité et l’intemporalité.


Par bonheur, le Théâtre de l’Aube s’en tient à une interprétation très classique, « grécisante » (décors et costumes), d’une sobriété qui se concentre sur l’essentiel : l’analyse psychologique et la beauté du verbe.

Le mythe est sombre, comme est sombre le décor, comme est sombre le front las de la nourrice. Dans cette noirceur la folle passion de Médée, violente et indomptable, peut éclater en accents terribles, en excès ravageurs, scellant ses noces avec la mort, et hurlant son rejet des noces honnies avec Jason. Toutefois, même si le rôle-titre semble destiné à tout écraser, si l’actrice Sylvie Doisy est irremplaçable, toute de tension et de souffrance, tout écorchée vive, à tout le moins le trio est parfaitement équilibré, et chacun des acteurs habite intensément son rôle.

Un théâtre humain et ouvert


Il faut dire que Sylvie Doisy et le Théâtre de l’Aube aiment les textes forts, les personnages livrés à un destin tragique : Marie-Antoinette, Bérénice... La compagnie veut aussi ouvrir largement la réflexion amorcée lors du festival 2007 autour du mythe de Médée (entre plusieurs lieux, plusieurs pièces, plusieurs compagnies). Elle vient ainsi de proposer une soirée exceptionnelle, en avril 2008, où cette représentation de la Médée d’Anouilh était suivie d’un débat ouvert sur ce mythe. C’était là une initiative originale de l'association Spy-Cause, en lien direct avec le CHU de Montfavet (où a été internée, par exemple, Camille Claudel) ; les intervenants étaient des juges, des psychiatres, des avocats. Une initiative à suivre....

En effet, dans un quartier qui n’est pas réputé pour être très attractif (le tour intérieur des remparts), Sylvie Doisy est une directrice de théâtre qui y croit, en accueillant, et en créant, des spectacles qui préfèrent la qualité à la rentabilité commerciale. En même temps, elle concocte toute l’année une programmation intelligente et variée, et elle a lancé cette saison une nouvelle formule, Les dimanches du Célimène : un même spectacle programmé quatre dimanches de suite, puis renouvelé chaque mois. Des pièces de théâtre, de la musique, des spectacles pour enfants… Pour tous les goûts.

Geneviève ALLENE-DEWULF (Avignon)

Médée
Texte : Jean Anouilh (éditions multiples)
Interprétation : le Théâtre de l’Aube (Sylvie Doisy - Médée -, Paul Payre - Jason -, Geneviève Brissot - La nourrice -).
Lumière : Yves Sauton.
Au Théâtre Le Célimène, 25, rue des Remparts de l’Oulle, 84000, Avignon, 04 90 82 96 13. Dans le cadre des Dimanches du Célimène, les 6,13, 20, 27 avril 2008. Reprise au festival 2008.

Photos : Geneviève Allène-Dewulf




par Geneviève DEWULF commentaires (0)    ajouter un commentaire
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