« A ROME, LES STRUCTURES PUBLIQUES NE FONT PAS LEUR TRAVAIL »
Graziano Graziani vient de publier Hic sunt leones aux éditions Editoria&Spettacolo, il s’occupe de la programmation théâtrale au Rialto Santambrogio à Rome. Voici les
premières lignes du livre : « Plus qu’une analyse, le contenu de ce volume est une cartographie. Le territoire qu’elle cherche à représenter est la scène indépendante romaine. La cartographie
nous renvoie aux explorateurs de la renaissance, aux navigateurs européens qui partirent vers les terres inconnues du nouveau monde à la recherche de fortune. ».
Tu écris des critiques, tu programmes du théâtre, comment pourrait-on te définir ?
Comme un programmateur, je suis depuis 2004 le directeur artistique du Rialto Santambrogio. Je suis un observateur privilégié de la vie théâtrale italienne. J’ai un double rôle : faire la
programmation du Rialto (un des espaces de la scène indépendante romaine) et écrire des critiques pour l’hebdomadaire, Carta.
D’où vient le désir d’écrire ce livre sur la scène indépendante romaine ?
Le livre se veut un témoignage de ce qui bouge à Rome dans ces dernières années.
Rome est un territoire intéressant pour le théâtre indépendant ?
Oui, dans les dernières années, on a vu naître ici des compagnies qui participent désormais aux festivals nationaux, je pense par exemple à Santa Sangre (collectif), à Antonio Tagliarini
(danseur) ou à Daniele Timpano (performer, dramturge).
Et dans l’écriture ?
Il y a peu d’écritures nouvelles en Italie de manière générale. La dramaturgie, c’est le grand trou du théâtre italien contemporain.
Tu peux nous parler du Rialto ?
Le Rialto est un centre expérimental de culture contemporaine. Il y a des concerts, des expos, des installations, des performances, du théâtre… On cherche à faire voir nos choix au plus grand
nombre. L’espace est complètement indépendant, il se finance notamment avec la musique électronique. Les vendredis et samedis, les concerts peuvent accueillir jusqu’à 1000 personnes qui paient
chacune 5 euros.
Et la programmation théâtrale ?
Il y a environ 65 spectacles cette année (4 fois la programmation d’un théâtre classique). Mais le théâtre est à perte… On fait avec de faibles moyens ce qui n’est pas ou peu fait à Rome. Une
partie de notre programmation pourrait être celle du Vascello ou de l’India (deux autres théâtres romains), en tout cas d’une institution publique.
D’où vient ce déficit des institutions publiques à Rome ?
C’est l’objectif de mon livre, je veux montrer qu’à Rome, il y a des propositions qui ne trouvent pas de relais. En Emilie Romagne, il y a des structures publiques qui font un travail de mécénat,
en Toscane, c’est pareil, parfois dans le nord-est. Ici à Rome, c’est difficile de faire passer l’idée d’un spectacle contemporain. On est dans la propagande politique, je te donne de l’argent
pour faire un événement. Les structures publiques ne font pas leur travail. Ce sont des structures liées au pouvoir. Le Vascello ou l’India devraient être soutenus par le ministère, la région et
jouer un rôle de relais.
Rome vient de changer de maire, cela peut changer quelque chose pour le Rialto ?
C’est très préoccupant. Mais la gauche n’avait pas stabilisé notre situation. Et puis Allemano, c’est plus Sarkosy que les fascistes des années 70. Mais ils feront peu pour la culture, et encore
moins pour l’art contemporain. L’idée politique qu’il y a derrière ce groupe, c’est l’idée d’une ville non ouverte.
Propos recueillis par Matthieu MÉVEL (Rome)
Hic sunt leones
Scena independete romana
A cura di graziano Graziani
Editoria&Spettacolo, 2007
Parole de lecteur