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Festival d'Avignon

17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 00:08
LA CONTEUSE AUX PIEDS NUS

Après Schmidt, Renard et Ribes, Clémentine Célarié s’attaque à un autre géant de la littérature française : Maupassant. Dans un exercice de haute voltige, entre lecture et déclamation, la comédienne relève un sacré défi avec une sélection de textes qui ne figurent parmi les plus connus du génial naturaliste. Un spectacle intense et intime où l’émotion et le rire font bon ménage.


Pour un lecteur assidu, qu’y a-t-il de meilleur que de se plonger dans Maupassant, enfoncé dans un bon fauteuil, lové dans son lit ou, mieux encore, par un dimanche ensoleillé de printemps, allongé sur l’herbe tendre ? Une langue dont les étudiants des filières littéraires prennent conscience de la richesse technique, celle-là qui s’efface pourtant devant la fluidité de lecture. Lu et relu à tous les âges, Maupassant fascine. C’est la langue française à l’apogée de son génie.


Le jouer sur une scène est une autre paire de manches. Un défi. L’oralité de ce texte aux champs lexicaux éclairés d’allitérations et d’assonances n’apparaît pas comme une évidence. Les mots fusent mais ne se laissent pas dompter. Il faut savoir leur accorder l’attention qu’ils méritent et la force qu’ils recèlent.

Clémentine Célarié s’est donc lancée un sacré défi. Après Eric-Emmanuel Schmidt (« La Tectonique des sentiments ») et Jules Renard, elle poursuit dans le beau texte en proposant un spectacle où, seule en scène, entourée de livres et d’un décor assez bric à brac dont elle jouera pour appuyer sur la corde comique, elle interprète des extraits de contes de Maupassant. La tâche est rude. La comédienne a du talent, de la verve et surtout de l’expérience.

Le réalisme avant tout


Elle le dit elle-même : « Il a fallu que j’attende d’être prête, assez mûrie par la vie et sans doute par l’amour, pour me plonger dans l’aventure ». Entre une table et un divan, une bibliothèque et un gramophone, elle promène sa silhouette élégante, féline, comme elle déambule au milieu des mots, passant ou s’arrêtant le temps d’un souffle, l’instant d’une réaction du public. Quelques lampes offrent un éclairage tamisé et chaleureux sans une avalanche de lux(e) pourtant. Tout est dans la concrétude, le réalisme : des foulards et ceux qui leur donnent vie, des bouteilles et ceux qui les descendent, la scène et celle qui la foule pieds nus. L’osmose entre l’homme et le décor qui l’entoure ou qu’il fait vivre. Ainsi des charrettes croulant sous des tonnes de légumes et déferlant vers le « ventre de Paris » servent de spectacle à un promeneur nostalgique qui arpente le quartier, des marécages fangeux sont les témoins d’une scène de chasse qui prend des allures de tragédie humaine, l’eau qui coule de partout dans une station balnéaire bénit les confidences graveleuses d’une comtesse et d’une baronne… C’est enfin la terre qui ensevelit l’être aimé…

On connaissait la noirceur désabusée de l’auteur du « Horla ». On en découvre grâce à Clémentine Célarié la drôlerie. La comédienne débusque dans les mots du romancier une vitalité, mordante certes, mais qui fait jaillir des cascades de rires. Il faut dire que la mise en scène pourvoit beaucoup à cela. Changements de tenue, utilisation minutieuse de chaque élément du décor, déplacement : tout est calculé pour que nous n’assistions pas à une simple lecture. De plus, en dénichant ces textes qui ne figurent pas parmi les plus connus de Maupassant, la comédienne désacralise ce déterminisme tragique qui colle aux personnages féminins, notamment celui de la Jeanne d’ « Une vie ».

C’est un spectacle formidablement vivant, énergique, frais et juteux que nous offre la délicieuse Clémentine. Face à elle, même Maupassant s’incline : sa cruauté devient liesse et sa noirceur pâlit.

Franck BORTELLE (Paris)

Prenez garde à l’amour (Paris)
Texte de Guy de Maupassant
Avec Clémentine Célarié

Mise en scène avec la complicité de Manuel Durand et Gabor Rassov
Lumières : Patrick Clitus
Costumes : Mélisandre de Serres
Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris
www.theatre-atelier.com

A partir du 13 mai 2008
Durée : 1h30
Du mardi au samedi à 21 heures (pas de représentation le samedi 21 juin)
Réservation : 01 46 06 49 24 et points de vente habituels


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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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