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Festival d'Avignon

24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 18:45
PHILOSOPHIE AU QUOTIDIEN

Les « Essais » de Montaigne sur scène, voilà qui n’est guère évident. C’est la gageure tentée par Thierry Roisin et Olivia Burton en plaçant les réflexions de ce classique au milieu des objets de notre journalier le plus usuel.


Après la folle aventure du Descartes des Québécois du Sous-marin jaune (qui préparent d’ailleurs leur propre perception de l’auteur des « Essais »), il était évidemment tentant d’établir une comparaison des deux adaptations (http://www.ruedutheatre.info/article-13659714.html ). Dans ce cas-ci, point de marionnettes ni d’accumulations de gags. Au contraire, une volonté de parier sur la sobriété en plaçant sur scène un unique comédien. Celui-ci ne force en rien sa prestation. Sur le ton de la confidence, il maîtrise gestes et voix au point de friser par moments la monotonie.


Placé sur un moderne tapis roulant, Yannick Choirat-Montaigne suit son chemin. Il rencontre au passage une foultitude d’objets dont la présence prend vite l’allure de symboles, de signes sociologiques, de contrepoint, voire épisodiquement de banale illustration. Défilent en contre marche de la sienne : légumes, fruits, arbre, chaussures, repères de géomètre arpenteur, labyrinthe de caisses de couche-culottes, ours en peluche géant, tricycle, livres, chandelier, mobilier,  pigeons vivants, vêtements actuels ou d’époque, globe terrestre, bureau à rallonges avec micros, tapis d’herbe, boissons et nourritures… Un inventaire qui explore à la fois les univers de l’enfance et de la consommation.

Un message de souriante gravité


L’actualité des croyances de l’auteur des « Essais », pour qui « philosopher c’est apprendre à mourir », réside dans la volonté de prôner la liberté de pensée, l’aversion de l’auteur pour la violence et le pouvoir dont l’usage mène à l’abusif, à une époque où les guerres de religion foisonnent, où la colonisation se nourrit de barbarie. Sa propension au primesautier l’éloigne d’une réflexion trop intellectualisée. Le bonhomme part de son corps, des limites physiques de celui-ci et de ses maladresses, du constat qu’il trahit nos émotions et nos impuissances, de l’évidence que ses fonctions naturelles sont identiques pour les puissants comme pour les manants, de la difficulté à dépasser le tabou sexuel. Il nous affirme combien chaque être est différent, contingent, fragile. Ce en quoi il s’avère nécessaire d’apprendre à se bien connaître.

Sa volonté est de ne pas se tourner vers le passé et ses nostalgies, de ne craindre en rien l’avenir et ses incertitudes. Il considère à quel point le jeu est affaire sérieuse, à quel point le sexe risque d’être obsessionnel, à quelle haute richesse d’échange se situe l’amitié véritable. Il avoue sans honte aucune qu’il convient de reconnaître humblement que chacun, à un moment ou à un autre, émet des fadaises. Il pose en postulat de vie la curiosité et, en guise de corollaire, les voyages. Mais s’interroge à propos de notre tendance à inventer jusqu’à risquer notre autodestruction.

L’occasion est bonne de fréquenter un auteur qui n’est souvent connu que par l’école. Le spectacle, agrémenté d’un humour de connivences, confronte flot de mots avec flux d’images. Il bénéficie de la présence de deux musiciens dont la prestation volontairement très contemporaine va, avec un bonheur plaisant, de sonorités écorchées à des parodies de morceaux de la renaissance.

Michel VOITURIER (Lille)

À la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq du 20 au 24 mai.

Texte : Michel de Montaigne
Adaptation : Olivia Burton, Thierry Roisin
Mise en scène : Thierry Roisin
Interprétation : Yannick Choirat
Musiciens : Yann Denèque, Agnès Raina
Musique : François Marillier
Manipulateurs : Yannick Bourdelle, Baptiste Chapelot, Balthazar Daninos, Marie-Laurence Fauconnier
Scénographie : Jean-Pierre Laroche
Dramaturgie : Frédéric Révérend
Lumières : Gérard Karlikow
Costumes : Isabelle Périllat
Maquillage : Fatia Tamoune

Production : Comédie de Béthune, Centre dramatique national Nord Pas-de-Calais

Photo © Richard Baron / Light Motiv
 







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Published by Michel VOITURIER - dans En Région 2007-08
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