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Festival d'Avignon

27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 23:29
MENSONGES D'UNE NUIT D'HIVER

La dernière nuit d'Emile Zola, celle où l'orateur de génie se trouve confronté à la perspicacité de sa femme. Très bien écrit, magnifiquement interprété, la pièce est une réussite sur tous les plans.


Il est comme une bourrasque, un coup de grain à la voix grave et vibrante qui s’emporte contre les hypocrites, les prêcheurs du faux, les censeurs de la libre pensée. L’ombre des géants cache toujours une femme et derrière Emile Zola se trouve Alexandrine, son épouse. Auprès du feu qui brûle dans la cheminée de leur appartement, tous deux vitupèrent et se congratulent pour l’éloquence dont Zola a fait preuve dans son article « J’accuse » paru dans « L’Aurore » pour défendre le capitaine Dreyfus. Zola tempête, fulmine, rit de ses victoires remportées contre ses détracteurs. Admirative et aimante, Alexandrine le soutient de toute la force de son caractère.


Mais Zola, romancier, journaliste et homme public au faîte de sa gloire, ne cache pas une mais deux femmes. L’autre, sa maîtresse, Jeanne Rozerot, est la mère cachée de ses deux enfants. Alexandrine l’apprendra cette nuit-là au détour d’une confession chargée de honte du grand homme. Les Zola, ce sont eux : le Zola public et le Zola privé, mais aussi Emile et Alexandrine, « la meilleure part » de Zola selon son propre aveu.

Des Zola plus vrais que nature


L’histoire est connue, celle de la vie même d’un des plus grands auteurs français. Dresser le portrait d’Emile Zola, le maître du naturalisme était loin d’être un pari gagné d’avance, mais Joëlle Fossier, auteur et metteur en scène de cette pièce remporte la mise grâce à une écriture soignée. C’en est même bluffant : ceux qui ont lu au moins un des nombreux livres du romancier croiraient l’entendre parler. L’éloquence légendaire, le sens du détail, la science du style de Zola, tout transpire de ce texte qui raconte sa dernière nuit. Bien sûr, un temps plus long s’est déroulé en réalité entre le moment de la découverte de la double vie de son mari par Alexandrine et celui de la mort du romancier le 30 septembre 1902 par asphyxie, des suites d’une défaillance de la cheminée. L’ellipse est belle et ne gâche en rien le spectacle du génie à l’œuvre. Le génie de l’orateur, toujours le poing levé, la réplique cinglante et l’humour qui affleure. Le génie de la femme, plus discret mais tout aussi puissant, qui est de connaître l’homme mieux que lui-même. La mise en scène de Joëlle Fossier favorise le ballet des mots, la valse des grands discours au sein desquels percent parfois quelques remarques anodines -la cheminée fonctionne mal, les rumeurs vont bon train, Cézanne fait la tête- remarques qui alourdissent progressivement l’atmosphère jusqu’à étouffer totalement la bourrasque Zola. C'est que mis face à soi-même, l'éloquent, le grandiloquent Zola devient moribond. Le génie ne supporte pas la contradiction même il s'en nourrit.

L'interprétation de ce couple infernal aurait pu rapidement tourner à la caricature. Céline Monsarrat et Michel Papineschi s'en sortent très bien. Au-delà de la ressemblance physique, Michel Papineschi est parvenu à saisir les paradoxes qui animent ce Zola des derniers jours : en prophète de la Vérité rongé par le secret, il est parfait. Et Céline Monsarrat en viendrait presque à faire de l'ombre à son homme : animée d'une passion toute romanesque, elle éclaire la pièce de sa fougue et de sa foi inconditionnelle envers celui qu'elle a épousé. Pour le meilleur et pour le pire.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Les Zola
Texte et mise en scène : Joëlle Fossier
Coproduction : Pan-Théatre
Lumière : Xavier Lazzarini
Costumes : Reine Calichon
Décor : François Crépin
Avec : Céline Monsarrat et Michel Papineschi

Jusqu'au 14 juin 2008 au Théâtre du Nord-Ouest
13, Rue du Fbg Montmartre 75009 PARIS

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2007-08
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