Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

27 février 2006 1 27 /02 /février /2006 11:45
UN BRIN SÉDUIT, UN BRIN TARTUFFIÉ

S’attaquer à un classique n’est jamais une mince affaire, même lorsqu’une compagnie bien rodée compte déjà à son actif des adaptations appréciées de Marivaux, Diderot, Hugo, Shakespeare et, déjà, Molière. Sans ambages, cette adaptation vaut le déplacement. Pour trois raisons, qui séduisent d’office, même si des bémols de poids viennent obscurcir le tableau au final.

D’abord, au titre de ce qui accroche, ce concept étonnant, et pourtant simple, des « acteurs statues », qui tiennent « le corps tendu, chargé de leurs révoltes furieuses », parqués dans une roulotte au fin fond d’une grange abandonnée, au bord de la mer, sur une île inconnue. Toujours visibles des spectateurs, comme des figurines prenant vie tour à tour, ces statues de chair semblent se consumer en attendant de venir inonder la scène de leurs passions et de leurs paroles. Dans cette vieille grange, donc, tout est propice à l’abandon, à l’absence, à l’atonie, mais c’est sans compter Lola, une jeune femme de couleurs, qui, attachée à son cahier d’écolière, ou à un livre s’étant peut-être échappé de la censure, va ressusciter les personnages livresques. Elle va s’identifier si fort à l’accorte Dorine, la femme du peuple pleine de bon sens populaire et toute en révolte peu contenue, qu’elle va en prendre les traits et prendre part à la pièce.
Le parti pris est d’autant plus intéressant si l’on comprend, mais le comprend on réellement aussi vite ?, que Tartuffe symbolise le colonisateur, au-delà même de l’imposteur ou du margoulin, à une époque marquée par le « Code noir » (1685). Un autre intérêt de la pièce, c’est donc la superposition de contextes historiques – Tartuffe date de 1864 - que la troupe a voulu mettre en relief, mais force est de constater que cela ne saute pas aux yeux.
À la différence des superbes costumes baroques d’Abel Alba et de Ludivine Hachet ; c’est bien comme cela que l’on peut imaginer le travail de troupe à l’époque de Molière, de même que ses recommandations aux comédiens : des accents improbables, des costumes d’époque chargés et magnifiques, une gestuelle au rasoir et un soin précis apporté aux expressions et aux mimiques.

À cet égard, Alexandre Palma Salas en Orgon et Milena Vlach en Elmire, excellent. Deux seconds rôles tirent aussi leur épingle artistique du jeu, Graziella Lacagnina en Madame Pernelle et Cécile Cazeaux en Marianne, laquelle offre un grand moment de tendre burlesque face à son prétendant Valère.

Tartuffe passé au hachoir

Hélas, au chapitre des doléances, en figure une de taille : le texte de Tartuffe tronçonné à grands coups de hachoir ! La deuxième partie de la tirade d’amour à Elmire est tout simplement escamotée et la première se trouve incongrûment réduite à la portion congrue. Dorine et Cléante sont à côté de la plaque. Alors que l’une représente la force tranquille du bon sens et que l’autre personnifie le philosophe éclairé, à une époque où tout ce qui ne va pas dans le sens du courant fleure le libertinage, les deux personnages manquent d’épaisseur. Cléante est affublé d’un déhanché et d’un accent grotesques qui font penser à l’acteur Montfleury que si souvent Molière brocarda. Dorine vocifère, toujours sur une même ligne mélodique inconfortable à nos oreilles, et grimace à qui mieux-mieux, manquant de la distanciation ironique et cruelle consubstantielle à son rôle. Enfin, que dire du rapport Tartufffe-Dorine qui sonne faux ? Quant à Tartuffe, lui-même, il semble faire figure de rôle secondaire, se chercher, et est rendu souvent plus risible qu’inquiétant.
Pour autant, les attraits de la pièce au final valent bien les reproches que l’on trouve à faire. Sûrement la pièce gagnerait-elle à mieux approfondir certains personnages, à en déniaiser d’autres et à davantage aiguiller sur la moralité universaliste à laquelle l’adaptation veut tendre.

Le Tartuffe, de Molière – Adaptation et mise en scène : Antonio Diaz-Florian
À la Cartoucherie de Vincennes, Atelier de l’Épée de bois, jusqu’en avril 2006
Par la troupe du Théâtre de l’Épée de bois 

Partager cet article

Repost 0
Published by Stephen BUNARD - dans Chroniques 2005-06
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche