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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 00:08
DESTRUCTION D’UN CŒUR

L’auteur contemporain Roland Schimmelpfennig signe, après la pièce « Avant/Après », une nouvelle création atypique. « La femme d’avant » distend le temps, l’élargit et le rétrécit tout en mettant en scène une histoire rocambolesque qui tient toutefois admirablement debout.


Avec « La femme d’avant », Roland Schimmelpfennig donne corps au drame qui s’incarne dans le personnage de Romy Vogtländer. Une femme manipulatrice et autoritaire qui brise un couple marié depuis 19 ans. Franck et Claudia s’aiment d’un amour consolidé par leur fils Andi. Cet amour, au fond précaire, s’effrite avec l’arrivé soudaine de cette femme d’avant, premier amour de Franck. Elle n’a pas oublié la promesse qu’il lui a faite il y a 28 ans de l’aimer toujours. Lui, semble l’avoir oubliée. Pourtant, il flanche. Claudia explose. Et la voilà qui crache son venin à l’intérieur de cette cellule familiale avec une délectation perverse et calculée. Jusqu’au drame final, paroxysmique.


Malgré quelques exagérations narratives, cette histoire fonctionne à merveille grâce à la mise en scène originale de Claudia Stavisky. Le décor (maison que Franck et Claudia doivent quitter pour déménager ailleurs) est, au premier abord, simple. Une reconstitution en perspective, qui insiste sur la présence de cartons, morceaux de vies, souvenirs d’un passé enfoui. Puis, à mesure que la pièce prend forme, le décor s’anime ingénieusement. Les murs se meuvent au rythme des intermèdes qui ponctuent le spectacle, désarticulant une maison perçue selon différents angles. Des écrans, sur lesquels sont projetés mots et lumières, alimentent, par de nouvelles portes et de nouveaux murs, un décor qui brouille les pistes aussi subtilement que le fait le texte,  fait de flash back et de projections dans l’avenir.

« Ne proclamons nul homme heureux avant sa mort » (Sophocle)

L’effet de dramatisation est créée par les personnages qui tous, sont sous tension. Didier Sandre, qui interprète Franck, est tout à fait convaincant dans ce rôle d’homme qui chute par faiblesse et lâcheté. Livrant un jeu tour à tour viril et infantilisé, il arrive à manifester les difficulté d’être et de paraître, d’aimer et de désirer. Face à lui, sa femme, la frêle Claudia, incarnée par Luce Mouchel qui, par une interprétation vibrante, montre avec exactitude la vulnérabilité et l’impuissance de quelqu’un qui voit tout s’écrouler autour d’elle. Sa rivale, la redoutable Romy, n’est qu’un vice séduisant qui révèle et avive les plaies. Afra Waldhör, idéale pour ce rôle, fait preuve d’une sensualité féline, assortie d’une démarche affirmée et castratrice. Andi et Tina, joués respectivement par Sébastien Accart et Agathe Molière, réussissent à évoquer la candeur et le mal-être d’adolescents qui découvrent les prémisses de l’amour. Leur relation amoureuse évoque celle du père dans une mise en abîme révélatrice.

La musique, particulièrement présente dans cette pièce, permet de rompre davantage le texte, de le soutenir, de l’illustrer, de l’entraîner, de le théâtraliser. Par des sons graves qui s’entrechoquent dans une mélodie dense et torturée, la pièce gagne en dimension tragique.

« La femme d’avant » est une oeuvre qui, par une mise en scène sensible et une interprétation habitée, arrive efficacement à jouer avec les nerfs du spectateur, tenu en haleine du début à la fin.

Cécile STROUK (Paris)

La Femme d’avant
Auteur : Roland Schimmelpfennig
Mise en scène : Claudia Stavisky
Interprétation : Sébastien Accart, Agathe Molière, Luce Mouchel, Didier Sandre, Afra Waldhör
Décors : Christian Fenouillat
Vidéo : Laurent Langlois
Lumières : Franck Thévenon
Son : Bernard Valléry

A l’Athénée théâtre Louis Jouvet, à Paris, du 15 mai au 7 juin, le mardi à 19h, le mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 20h. Matinées exceptionnelles le dimanche 25 mai à 16h et le samedi 7 juin à 15h.

Photo © Christian Ganet

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Published by Ruedutheatre - dans À Paris 2007-08
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