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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 00:27
UNE VALSE A DEUX TEMPS

Rencontre au sommet entre trois magiciens des mots au cours d’une historique interview radiophonique. Un spectacle passionnant hélas diminué par une interprétation très inégale.


On entre dans la salle. Un haut-parleur diffuse la chanson « Les Copains d’abord ». Choix judicieux. Ce sont en effet trois copains qui vont prendre place autour d’une table. Trois copains qui se connaissent sans s’être jamais retrouvés ensemble. Ferré le vieil anar, Brel le fougueux, Brassens l’empêcheur de penser en rond. Léo, le grand Jacques et tonton Georges. Tout les oppose apparemment. Tout les unit en vérité. Nous sommes en 1969, année qui a débuté sous des airs érotiques grâce à Gainsbourg, auquel tous trois s’accordent à reconnaître un vrai talent, une incontestable originalité.

Brassens et sa légendaire pipe, Ferré et Brel fumant clope sur clope, tous éclusant chope après chope. Durant un peu plus d’une heure, ces trois baladins vont se livrer à bâtons rompus. Rompus si possible sur le dos de tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’ordre établi...

Ce qui ressort de ce happening radiophonique, c’est avant tout un profond respect mutuel et une totale connivence. Sur la poésie et ceux qui la pratiquent (« Les gens qui se disent poètes ne le sont pas vraiment »), sur leur métier que tous trois, comme un seul homme, assimilent à de la prostitution. « Elles sont aussi artistes que nous, nous sommes aussi putains qu’elles ». C’est Brel qui prononce cette sentence. Chez Brassens, elle prendrait valeur d’hommage, lui qui composa la sublime « Complainte des filles de joie ». Mais, même si Brel ne leur confectionna jamais de grands colliers d’éloges, à ces « pauvre Vénus », son amour de la femme, cette « tendre ennemie », suffit pour l’unir à Brassens dans cette étrange comparaison qui renvoie surtout à l’amour du métier qui chez Ferré, en dépit de ses idées révolutionnaires, prend l’allure de concessions sans lesquelles « les salles se videraient s’il faisait vraiment ce qu’il voulait ».

Trio passionné

Passion du métier. Passion tout court. On la sent dans chacun de leur mot. Passion du verbe, du mot juste chez Brassens qui use du subjonctif imparfait avec l’aisance du dandy d’un autre siècle. Passion de l’emportement chez Brel qui promène ses états d’âme de film en film, de disque en disque. Passion chez Ferré pour faire descendre dans la rue cette poésie, la seule selon lui, la vraie, en mettant en musique Baudelaire, Rimbaud, Verlaine.

Cette aventure humaine d’une heure est mise en scène avec la sobriété qui s’impose. Une table, un micro (« cette technologie qui m’emmerde » dixit Brassens), un interviewer, des cigarettes, des bières. Tout est recadré sur les personnages. Le travail de Aurore Ly dans ce sens est impeccable et nous fait entrer enfin dans l’intimité de ce légendaire rendez-vous jusqu’alors immortalisé simplement par une photo que tout le monde connaît. 

Brassens, c’est Alain Lagneau. Même placidité, même air bourru. Le mimétisme est confondant, la voix surprend. On sent du comédien la volonté de ne pas trahir son modèle. Cette diction monocorde mais captivante de bon écolier, de la liaison parfaite à l’emploi du mot juste, nous fait revivre le poète sétois avec force et conviction. Alain Pretin, quant à lui, ressuscite Ferré. Hélas, l’incarnation de Jacques Brel s’avère beaucoup moins réussie. Le manque total de naturel d’Erwan Courtioux détonne désagréablement avec celui de ses partenaires. Qui connaît bien les enregistrements radiophoniques de Brel (dont le « radioscopie » de Chancel) ne pourra que déplorer cette infidélité. Les autres croiront voir un être agité, ronflant et se gaussant sans cesse. Une caricature de Brel…

Dommage car cette valse a mis le temps à venir jusqu’à nous et elle nous arrive estropiée…

Franck BORTELLE (Paris)

Brassens Brel Ferré
Mise en scène et scénographie : Aurore Ly
Espace sonore : Guilhem Loupiac
Lumières : Jean-Luc Jeener
Photographe : Eric Bataille
Avec Erwan Courtioux, Gildas Loupiac, Alain Lagneau, Alain Pretin
Théâtre Funambule de Montmartre, 53 rue des Saules, 75 018 Paris
Location au 01 42 23 88 83 ou www.funambule-montmartre.com
Jusqu’au 16 juin, le dimanche à 19 heures et le lundi à 20h45
Durée : 1h15

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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