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Festival d'Avignon

6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 15:45
LES VIEUX MIS EN BOÎTE

Du haut de leurs vingt-cinq ans, les artistes bordelaises Alice Fahrenkrug et Cécile Delhommeau réalisent le tour de force de parler de la vieillesse avec un œil juste et caustique.


Le titre à lui seul suscite un intérêt : « Conserverie de Vieux », que se cache-t-il derrière cette audacieuse association sémantique ? « Conserverie » pour conservation et conserves (celles qui apparaissent en fond de scène), « Vieux » pour… vieux – un soupçon de provocation politiquement incorrecte pour cerner la réalité qui se cache derrière la fade étiquette « personnes âgeés ».  La Conserverie de Vieux, c’est la maison de retraite, le lieu de fin de course, celui où l’on entre pour ne plus ressortir.


Pour écrire le spectacle et ciseler ses personnages, Alice Fahrenkrug et Cécile Delhommeau, deux artistes issues de la galaxie du conte, ont réalisé un travail d’immersion quasi-sociologique au sein des services gériatriques, et cela s’entend et se voit. Plus que par mimétisme, elles incarnent avec le décalage nécessaire au théâtre une galerie d’infirmières, de grabataires, de radoteuses et de vieillards ronchons, avec une même question rémanente : « Mais qu’est-ce qu’on va faire de nos vieux ? » Les « drôlesses » ne mâchent pas leurs mot pour évoquer la génération vermeil et le microcosme qui gravite autour : personnel soignant, vendeurs de jeunesse, petits enfants ingrats…

Ce qui n’aurait pu être qu’une comédie tracée à gros traits surfant sur les poncifs attachés aux aînés glisse subrepticement sur un registre plus doux amer, où Alice et Cécile mêlent leurs observations à leurs histoires intimes. Après une introduction où elles évacuent les clichés – les vieux puent, les vieux systématiquement devant nous à la caisse du supermarché, la lenteur exaspérante des vieux - le ton se fait confident, les personnages naissent et prennent de l’épaisseur sous nos yeux : Maminette la centenaire « gagnée » par une famille pour un week-end à un jeu dans la pure tradition d’une télé-réalité qui ne se pose plus de limites ; Géraldine l’aide-soignante souffre-douleur et bonne à tout faire ; la veuve acariâtre du policier qui soliloque sur l’héritage qu’elle ne donnera pas à ses enfants décidément oublieux…

Tranches de (fin de) vie

Construite comme une galerie de portraits dont l’écriture puise dans le recueil de témoignages et l’histoire personnelle des interprètes, la narration attache le spectateur autant à des personnalités qu’à des états de la vieillesse. Avec une économie d’effets qui confère une sobriété bienvenue à l’exercice et dans un décor minimal composé d’accessoires emblématiques du grand âge (deux chaises pliantes, un gramophone), les comédiennes passent d’une génération à l’autre avec un plaisir évident et communicatif. La finesse et les astuces du texte, dont elles sont les auteures, rend l’ensemble très fluide, et l’on se surprend à imaginer sans difficulté les jeunes femmes dans la peau de ces vieux et vieilles, médecins et personnel soignant, mis en scène avec des ficelles simplissimes mais efficaces (la blouse, le pled, la casquette…).

Le choix d’une scénographie trifrontale et d’une petite jauge qui favorise un rapport de proximité à la scène, et donc à ce qui s’y joue, ajoute au plaisir de partager avec elle ces tranches de (fin de) vie, Cette alchimie entre rire et gravité, intime et universel, jeu et hors-jeu se révèle très efficace pour traiter un sujet délicat et brûlant d’actualité.

On ressort de cette heure et demi de spectacle rempli d’un sentiment d’humanité profonde, exclu de tout pathos. Au détour d’une réplique, l’une des comédiennes se lâche : « c’est compliqué les vieux, si on avait su on aurait fait un spectacle sur les oiseaux ! ». Cela aurait été bien dommage, tant cette Conserverie sonne juste et rend à nos chers vieux un hommage plein d’intelligence et de malice..

Xavier QUÉRON (Bordeaux)

La Conserverie de Vieux – écriture, mise en scène et jeu d’Alice Fahrenkrug et Cécile Delhommeau.
Distribution : Alice Fahrenkrug & Cécile Delhommeau

Festival Chahuts, Bordeaux
L‘Imprimerie, 69 rue Camille Sauvageau
mercredi 11 juin à 21h30, jeudi 12 juin à 21h30 et vendredi 13 juin à 22h30.
05 56 91 32 08
crédit photo © DR

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Published by Xavier QUÉRON - dans En Région 2007-08
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commentaires

bizet beatrice 05/12/2008 15:10

je suis directrice d'établissementj'aurais bien aimé voir ce spectacleoù se produisent-elles dans les mois à venir ???merci de me répondrebien à vous - bizet

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