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Festival d'Avignon

7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 16:52
L'ECHAPPEE THEATRALE

Le Krétakör de Budapest investit la MC 93 pour une traversée théâtrale à la lisière de la représentation. La compagnie se joue des codes avec un parcours d'une poésie rare, invitant largement le public à s'en mêler.


Ça commence comme une blague : trois tentes igloo déboulent sur le bitume, à l'entrée de la MC 93. Les spectateurs ébahis les suivent, mais elles n'ont que peu d'égards pour eux et s'éclipsent vers la salle de spectacle. Voilà la singulière ouverture d'Éloge de l'escapologiste. Aventures verticales accueillie par la MC93. Cette pièce, conçue par le Krétakör de Budapest n'est pas le premier spectacle des Hongrois dans ces murs. Il faut, au contraire, l'existence d'un véritable compagnonnage entre un lieu et des artistes pour permettre une proposition de ce type. Car à la différence des précédentes pièces du Krétakör, Éloge de l'escapologiste est créé dans le lieu, et la compagnie a fait appel aux habitants de la Seine-Saint-Denis ainsi qu'au personnel de la MC93. Tous jouent le jeu, brouillant à leur manière et dans leur rôle les pistes de la représentation. Comme le metteur en scène Árpád Schilling l'explique au public en préambule, il s'agit plus ici d'une « installation » qu'une d'une pièce. Dans ce laboratoire à durée variable (2 à 3 heures), plus encore que dans toute autre proposition théâtrale, chaque soirée est unique.


Bousculer les pré-requis


Árpád Schilling s'interroge sur des problématiques telles que le rôle du théâtre, le rapport entre public et artistes, les utopies et les révolutions aujourd'hui. Si ces questions sont assez régulièrement abordées au théâtre, Éloge de l'escapologiste les traite en bousculant les fondamentaux de la représentation. La salle de spectacle disparaît, au profit d'une déambulation dans les espaces du théâtre et de ses alentours, véritablement « occupés » par la compagnie. « L'art de la fuite » version Krétakör prend la forme d'une quinzaine de tableaux, où la succession de paysages nous balade d'une atmosphère à l'autre, chaque spectateur ayant le choix de s'impliquer à son rythme. Ainsi, un groupe d'une dizaine de volontaires constitué au début du spectacle suivra un itinéraire ni plus ni moins spectaculaire, juste différent.

On sort de cette traversée avec des sentiments mitigés. Certes, Árpád Schilling a une capacité indéniable à construire des images. Dans un univers postmoderne, le metteur en scène déploie les références et on passe d'une esthétique cinématographique au monde du hip-hop, d'un instant de grâce absurde devant un tram à un morceau de chant en suspension. Le tout avec une virtuosité et un sens de la composition non dénuée d'humour et d'irrationnel... L'une des forces du projet réside dans la rencontre nouée autour de ces Aventures verticales. S'il est difficile de distinguer précisément le comédien de l'habitant, tous se prêtent au jeu. De cette friction des identités émerge un collectif fascinant, où chacun a sa place, quelque soit son rapport au théâtre. Les échanges qu'ont suscité la création est palpable et leur plaisir à être là, ensemble, est vif, énergique et porteur d'émotions.

Mais c'est peut-être là également que la création touche à ses limites : si la « plus-value » existe pour le collectif, le public a parfois peu d'intérêt à traverser l'intégralité de ces propositions. Peut-être parce que certaines images poétiques n'évitent pas toujours les clichés. Peut-être parce que le souci de rendre possible la participation du public à tout prix donne quelquefois lieu à une gentillesse trop simple. Peut-être parce que la création, basée sur la possibilité d'improvisation, s'étire certains soirs en longueurs...

Cet Éloge laisse, ainsi, tout à la fois séduit et perplexe, avec la certitude d'avoir touché à quelque chose, un univers. Alors lorsque le Krétakör reviendra à la MC93, on risque fort d'y retourner, pour en avoir le cœur net...

Caroline CHÂTELET (Paris)

Éloge de l'escapologiste. Aventures verticales

conception : Árpád Schilling
Krétakör, Budapest

De et avec Zoltán Belényesi, Bálint Bolcsó, Jeanne Candel, András Eltetö, Péter Fancsikai, Máté Gáspár, Márton Gulyás, Adél Kollár, Balázs Kovács, Annamária Láng, Zsolt Nagy, Juliette Navis-Bardin, Szilvia Papp, Ernö Rubik, Lilla Sárosdi, Mehdi Slimani, Sándor Terhes, Marc Vittecoq, Oleg Vorslav, Lawrence Williams

Avec la participation des habitants de la Seine-Saint-Denis.
Techniciens Krétakör András Éltetö, Zoltán Belényesi Directeur de production Máté Gáspár

Coproduction MC93 Bobigny, Krétakör Színház
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
à la MC 93, Bobigny, du 20 au 31 mai 2008
MC93, Bobigny, www.mc93.com, 1 boulevard Lénine 93000 Bobigny
Métro Bobigny - Pablo Picasso

Photo ©
Árpád Schilling, par Lea Crespi




Photo © Michel Gantner


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Published by Caroline CHATELET - dans À Paris 2007-08
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