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Festival d'Avignon

9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 09:58
Entretien avec Daniel Bedos, fondateur et directeur du Printemps des comédiens.

« Le festival s’est construit avec cet esprit melting-pot, ce goût du mélange et d’éclectisme qui m’est propre »

Avec Jean-Claude Carrière pour président, plus de 45 000 spectateurs, le Printemps des comédiens fête cette année ses vingt deux bougies. Son directeur et fondateur nous livre son parcours et ses impressions sur cette édition 2008. La première de Taman Sari, mise en scène par Daniel Bedos, s’est déroulée le cinq juin, c’est donc un homme soulagé et confiant qui s’est prêté au jeu de notre interview.

Rue du Théâtre : Vous êtes le fondateur du Printemps des Comédiens, comment ce dernier a-t-il vu le jour et à quel moment de votre parcours ?

Daniel Bedos : Dans les années 80, j’ai créé "Fêtes de Molière" à Pézenas d’où je suis natif. A l’époque, cet événement avait connu un grand succès puis les circonstances, les relations politiques m’ont amené jusqu’au Printemps des comédiens en 1987. Ce festival s’est construit au départ avec quatre bouts de ficelles. Un jour, le président du Conseil général me téléphone et me dit : « invente moi un projet artistique, je viens d’hériter d’un domaine, le domaine d’O ». Alors, j’ai pris mes quatre bouts de ficelle, j’ai fais venir Michel Galabru… et puis surtout en fonction du lieu, je me suis orienté vers un festival de plein air, de nouveau cirque, de chapiteaux. Et immédiatement, un public captif s’est manifesté.

Quelles ont été les principales évolutions de ce Printemps des Comédiens, a-t-il toujours mêlé déambulation, culture du monde, théâtre et musique dans un style éclectique comme le fait cette édition 2008  : quels ont été les temps forts de ce festival ?

Dans une première phase, il fallait continuer à capter ce public, inventer un festival de théâtre en plein air à côté d’un festival de danse déjà rayonnant à Montpellier. Si dans ce premier temps, le Printemps des comédiens était plutôt classique, nous prenions des risques tout de même dans la programmation. Cela nous a conduit à une deuxième phase, celle de la véritable ouverture au nouveau cirque, celle d’un métissage esthétique. J’ai été l’un des premiers à accueillir le cirque haut et à capter un public différent. Durant six à sept années, une double programmation alliant les textes classiques et le théâtre contemporain s’est instaurée. Et puis la période de l’ouverture au monde correspond à un troisième temps. Dans une période d’essoufflement du théâtre classique, je me suis intéressé au théâtre traditionnel de cultures étrangères dans les années 1995-1997, un peu plus de dix ans déjà. L’idée m’est venue de présenter cela à travers un parcours dans le parc du Château d’O. Et là, c’est 15 000 spectateurs assurés depuis sa création. Puis, nous sommes entrés dans la phase aboutie du festival comblant la recherche des uns, invitant la curiosité et le goût du voyage des bobos, conviant les jeunes à la découverte… Aujourd’hui, une quatrième phase se met en place. Depuis cette année, nous réfléchissons avec le département de l’Hérault à aménager le lieu pour qu’il devienne une sorte de « parc de la villette ». Ce projet est en cours de réflexion.

Cette année, vous faites une place de choix aux jeunes compagnies notamment régionales, je pense à la Compagnie de la Chèvre à Cinq Pattes (CCCP), la Compagnie Bruitquicourt ou à L’Autre Théâtre notamment, cela est-il habituel dans la programmation  ?

Ariel Garcia Valdès dirige l’École Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier depuis une dizaine d’années, c’est un homme que j’adore. Il met vraiment tout en œuvre pour former de jeunes talents qu’il me tient à cœur d’accompagner. Pour la Compagnie de la Chèvre à Cinq Pattes, c’est presque une commande qui a été mise en place. Avec cet esprit melting-pot, ce goût du mélange et d’éclectisme qui m’est propre, je leur ai demandé de travailler avec les Malgaches. Pour d’autres spectacles, l’histoire sera différente. Certaines de mes déambulatoires ont fait le tour du monde mais quoiqu’il en soit c’est l’arrivée de Ariel Garcia Valdès depuis une dizaine d’années qui a été déterminante dans cette orientation.

Vous êtes le metteur en scène de la déambulation intitulée Taman Sari plus communément appelée le 18-20, et au regard du montage, de l’organisation et des choix artistiques, quelles ont été vos priorités ?

Avoir choisi l’Indonésie, cela s’est fait au hasard des rencontres, à cause de l’intérêt que je porte au travail d’Antonin Artaud mais le choix de ce spectacle s’est déroulé sur douze mois. Avant de partir à la découverte d’un chantier de ce type, je travaille sur le projet en amont, je le nourri. Puis dans sa phase de concrétisation, le travail se réalise en collaboration avec des centres culturels des pays concernés. Une fois le repérage terminé, trois semaines d’observations sont alors nécessaires. Il s’agit de voir sans relâche des représentations afin de faire un choix. Je suis un peu comme un vigneron qui fait son vin, je fais une première esquisse avant que le travail s’inscrive dans le domaine d’O comme dans une cuvée, puis une gamme.  Pour 2009, je me documente sur les zoulous…

Sa présence au festival (sous votre direction) permettra-t-elle à Taman Sari de voler de ses propres ailes, le spectacle se vendra-t-il ailleurs, dans d’autres programmations ?

De nombreux spectacles réalisés pour le Printemps des comédiens se sont exportés à travers le monde. Koteba, la déambulation du précédent festival est partie en Italie dans une version plus simplifiée, elle sera encore présentée en Grèce.  Taman Sari sera bientôt proposée à l’Opéra de Marseille dans le cadre de la candidature de « capitale européenne de la culture » de la ville éponyme en 2013. Ensuite, la déambulation partira vers le Brésil et en Corée du Sud à  travers la programmation de festivals internationaux. La déambulation m’appartient quand même un peu et je l’accompagne dans ses perspectives de développement. De toute façon, la déambulation s’amortie entièrement à Montpellier où elle est jouée pas moins de vingt deux fois et le nombre de spectateurs suffit à la rentabiliser.

La préparation de ce festival vous conduit donc à voyager, cela vous pousse-t-il à l’écriture… et la publication de votre livre intitulé « Les bords du monde » était bien prévue en 2008, est-ce là davantage en rapport avec votre profession d’enseignant-chercheur ?

Le livre est paru aux éditions  Domens et il est préfacé par Jean-Claude Carrière, le président du Printemps des comédiens. Il est surtout le récit de mes pérégrinations.

Inévitable question, l’annulation de la représentation de Safran et de la venue des moines tibétains a-t-elle été difficile à prendre pour l’homme engagé que vous êtes ?

Cette décision a été difficile pour deux raisons, d’une part je suis un homme fidèle à mes amitiés et les Chinois m’accueillent depuis des années, ils m’ont accompagné au Tibet en mars notamment. Puis le climat s’est durci et les Chinois ont eu peur des réactions. Je suis au regret de ne pas avoir maintenu cette représentation surtout qu’avec le tremblement de terre dans la province de Sichuan, l’opinion a basculé. Toutefois, précisons que le spectacle est seulement différé, il sera à Montpellier d’ici quelques mois, dans l’hiver.

La perte d’une tête d’affiche comme Cesària Évora peu avant l’ouverture du printemps peut-elle présager de difficultés dans la gestion future du festival ?

Cesària Évora a été hospitalisée et doit subir une lourde opération. Ce sont les aléas du métier et de la vie conjugués. J’aime beaucoup Jane Birkin même si c’est un tout autre univers. Au final, il est un peu tôt pour se prononcer mais un spectateur sur deux garde le billet, tout peut encore évoluer.

Depuis l’ouverture de cette édition 2008, c’est à dire depuis hier où je vous ai vu attentif au moindre détail, vous vous sentez comment : confiant, soulagé, serein ou tendu ?


Je suis un homme soulagé, j’ai une équipe de sept personnes qui avoisine les cent cinquante au cours du festival et c‘est beaucoup. Tout est prévu au millimètre et puis je suis pas un intello mais un homme stressé, un perfectionniste.

Propos recueillis par Christelle ZAMORA (Montpellier)




 

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Published by Christelle ZAMORA - dans En bonne compagnie
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