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Festival d'Avignon

28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 11:06
UN ARTISTE ACCORDE

Avant son roman à succès « Le Parfum », Patrick Süskind a écrit « La Contrebasse »,  monologue tout en poésie verbale et musicale sur cet imposant instrument. Jouée pour la première fois à Paris en 1990 par Jacques Villeret, dans le rôle principal, cette création revient aujourd’hui sur les planches au théâtre Poche Montparnasse. Une version joliment traduite et interprétée.

Le décor est plutôt simple, minimaliste. Quelques chaises, un frigo, un jeu de fléchettes et la contrebasse. Centrale, dominante, majestueuse, elle trône là, fièrement, paisiblement. Autour d’elle s’agite un homme, le contrebassiste, interprété par Stéphane Bierry. Avant que ne débute sa représentation nocturne de « L’Or du Rhin » de Wagner, ce fonctionnaire de l’Orchestre national se lance dans un monologue furieux et tendre durant lequel il fait voler en éclats le mythe de l’artiste. Le tout sur des airs classiques enivrés et enivrants.


« La Contrebasse » commence par un long éloge passionné de l’instrument, jugé indispensable au sein d’un orchestre, selon le prolixe contrebassiste. Au travers d’une démarche décontractée et hautaine, ce musicien, qui s’essouffle dans des compliments abondants, se montre trop convaincu pour l’être réellement. Impression qui ne se dément pas par la suite. De plus en plus à l’aise, l’artiste se laisse aller à ses véritables émotions. Le spectateur découvre alors un être frustré, devenu contrebassiste par défaut. Un être qui redoute, calomnie, hait et rejette sa contrebasse trop encombrante et dissonante. Il l’accuse d’être la source de tous ses maux. Et des maux, il en a. Paranoïaque, excessif et péremptoire, il voue un amour à sens unique à une pulpeuse soprano. Cet amour est l’occasion, pour le comédien, de donner une fougue et un érotisme soutenu à son jeu. Le temps d’une saynète musicale, il confond la contrebasse avec cette femme qu’il désire. Dans un corps à corps fait de caresses, de frôlements et de retenue, Stéphane Bierry chorégraphie avec gravité et  sensualité l’acte sexuel.

Etre artiste ou faire l’artiste ?


Outre le jeu pluriel et habité du comédien, l’intérêt de cette pièce réside dans la portée sémantique du monologue. Patrick Süskind, à travers ce portrait d’un artiste en mal de reconnaissance, dresse un panorama des compositeurs classiques depuis Mozart tout en désacralisant l’artiste, humanisé dans ses plus vils défauts. Entre les chefs d’orchestre infidèles et licencieux, les sopranos intéressées et férues de restaurants hors de prix, les contrebassistes alcoolisés et frustrés et le milieu empesé de l’opéra, l’écrivain dynamite avec virulence le statut de respectabilité des artistes mégalomanes. Grâce à la gestuelle d’un comédien qui, au sens propre comme un sens figuré, se met progressivement à nu, la mise en scène sobre d’Elisabeth Vitali met bien en évidence cet abîme entre « faire l’artiste » et « être artiste ». Entre les apparences et la réalité.

Musicale et passionnée, « La contrebasse » est une pièce à découvrir pour sa virtuosité à multiples facettes et cette perception critique du monde artistique, bien moins attractif qu’il n’en a l’air.

Cécile STROUK (Paris)

La Contrebasse (Paris)
Auteur : Patrick Süskind
Metteur en scène : Elisabeth Vitali
Interprétation : Stéphane Bierry
Traduction : Bernard Lortholary

Au théâtre Poche Montparnasse, à Paris, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h, jusqu’au 11 juillet
Photo © LOT
 


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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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