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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 11:24
VOX CLAMANS IN DESERTO
 

Pièce de l’écrivain Pierre Notte, « Moi aussi je suis Catherine Deneuve » explore le déchirement familial et l’incompréhension qui en résulte. Quand la communication ne passe plus, l’humour se mue en cruauté verbale, le rapport au corps en mutilation physique, l’ambition et le refus de l’ordinaire en schizophrénie (assumée). « Moi aussi je suis Catherine Deneuve » : une méthode sans faille pour faire du non-sens une religion.

Ils sont quatre sur scène. Il y a une mère, et il y a ses enfants. Ses enfants, c'est d'abord Geneviève. Celle qui refuse l'ordinaire, qui s'imagine un destin hors normes. Mais quand la vie n'est que c'est qu'elle est, il faut bien composer. Elle sera donc Catherine Deneuve, parce que "Catherine Deneuve, elle fait ce qu'elle veut, quand elle veut". Ensuite, il y a Marie, celle qui chante dans un cabaret imaginaire installé dans la cave, histoire de ressusciter la carrière ratée de sa mère, et qui le reste du temps, se mutile pour sentir qu'elle fait encore partie des vivants. Il y a le fils aussi, celui qui est là physiquement mais qu'on entendra à peine : il a préféré se retirer dans un mutisme assourdissant, métaphore du père parti, maillon manquant qui hante tous les esprits.

Et il y a la mère, donc - et quelle mère ! Une mère qui fait des fautes de français, qui n'a pas la culture de sa progéniture, laquelle ne rate pas une occasion de la corriger. Une mère qui préfèrera appeler Geneviève "Catherine", parce qu'au moins elle peut l’atteindre. Tout ce petit monde se déchire, fait mine de se haïr, de se faire mal, se balance des vérités crues plutôt que de s'ignorer, oublie le réel plutôt que d’affronter.

Au milieu de cette douce folie s’invitent des apartés chantés, sur fond d’airs connus aux paroles détournées pour accentuer la dérision et le tragique sous-latent. Seul langage commun, c’est elle qui les rassemble, qui leur permet de s’écouter sans s’entendre, et de – presque - se comprendre. Cette mélodie du hasard appuie leur détresse – et la nôtre –, pour nous faire présager un dénouement inéluctable, une chute des corps inévitable.

Toujours un peu fautifs


Car il y a du Camus dans cette œuvre de Pierre Notte, qui a allégrement pioché dans les thèmes de prédilection de l’auteur : le théâtre et l’artifice, certes, mais aussi la peinture sociale, la dualité, la fuite ou encore le rire. Comme Camus, il dénonce, précisément, avec soin : la solitude ? la détresse ? la dérision générale ? l’approche et le refus de la mort ? la duplicité de l’homme ? l’amour : la solution ? Un peu de tout ça. Portée par une excellente brochette de comédiens - avec une mention spéciale à Marine Mennesson, superbe en mère au bord de la capitulation -, cette pièce au ton original et déroutant pourrait par moments perdre son spectateur, si ses comédiens n’étaient pas tant habités. L’envers de l’endroit démasqué par le rire et la dérision, et c’est le miroir de nos névroses et notre relation à notre propre image qui nous est tendu. Pierre Notte, juge-pénitent des temps modernes ? Eh bien oui, car nous aussi nous sommes Catherine Deneuve…

Faustine AMORE (Paris)

Moi aussi je suis Catherine Deneuve
Interprétation : Pauline Gratien (Geneviève), Emily Lombi (Marie), Marine Mennesson (la mère), Julien Augeard (le fils)
Mise en scène : Julien Dugnoille

Théâtre du Bout
62 rue Pigalle
75009 Paris
Métro Pigalle
Tél / résa : 01 42 85 11 88
Fax : 01 42 85 11 99
Contact : contact@lebout.com
www.lebout.com

Tous les jeudis de juin et les vendredi 20 et 27 juin 2008 à 22h

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Published by Faustine AMORE - dans À Paris 2007-08
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