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Festival d'Avignon

4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 01:11
TRACES, SONS, GESTES ET OMBRES

Une femme de dos, habillée d’une robe blanche, assise immobile, la tête penchée sur l’épaule, une trace humaine entre la vie et la mort. Quatre musiciens, entourés de leurs instruments à cordes et à percussion. Des sons isolés, puis de brèves compositions réveillent la danseuse. La femme, debout, se tourne de face, commence à reculer et à avancer, les membres très tendus, le regard perdu dans le vide. Elle tourne sur elle-même, ses pieds rigides semblent se cogner au sol chaque fois qu’elle termine une action.



Soudain le spectateur se rend compte qu’un deuxième personnage est entré. L’homme, le chorégraphe Joseph Nadj, est assis au centre de la scène, à la place où la danseuse se trouvait, mais il est face au public. La danseuse ne semble pas le voir, il sort lentement de l’immobilité, il soulève la femme, dont le corps reste allongé tendu ; il la déplace comme un mannequin dans différents lieux, accompagné par la musique. Puis, il la pose dans un trou de la structure qui les entoure, il la soulève encore et elle a les pieds trempés de sang. Il s’en sert alors comme pinceau pour tracer de brefs signes sur une surface blanche, traces qui rappellent les idéogrammes chinois. Ils disparaissent. 

Entracte, la dernière chorégraphie de Joseph Nadj, l’un des chorégraphes les plus remarquables de la scène française, est un univers d’ombres et de fragments. Les quatre interprètes, trois hommes et une femme, surgissent de lieux les plus anodins. Les trois hommes sont habillés en veste et pantalon noirs, tenue que les personnages de Nadj portent souvent dans ses différentes créations. La femme aussi se vêt de ce costume. Les quatre figures se fondent ainsi, ils semblent quatre somnambules qui confondent leurs identités.

Intervalles enchaînés

La scène est structurée sur trois niveaux : des paravents semi-transparents en haut et en fond de scène ; au centre les quatre musiciens et leurs instruments sont entourés par des plans amovibles, que, comme des pièces d’un domino, les personnages utilisent pour créer des lieux toujours nouveaux, et comme des surfaces pour poser des objets. En avant-scène, l’espace est vide, permettant aux corps d’évoluer dans leurs danses.

Entracte semble un enchaînement d’intervalles. Dans chaque scène un nouvel élément, sonore, gestuel ou scénographique s’insère, et crée une parenthèse dans l’action, mais cela évolue de manière indépendante. La chorégraphie semble traiter la vie de l’homme dans son changement continuel, dans le projet choisi et dans le hasard des événements, dans le mélange de rêve et de réalité. Nadj s’est en effet inspiré de lu Yi King ou livre des transformations, œuvre chinoise qui a voyagé à travers les siècles, elle est arrivée à nous composée de soixante-quatre diagrammes. L’un des principes de cet art divinatoire est le fait que tout événement change dans le temps et dans la mémoire et dans le point de vue de chaque acteur.

Derrières les paravents, la silhouette d’un homme avec une couronne apparaît au début et à la fin du spectacle. Une autre figure montre des fleurs qu’elle trempe dans une bassine pleine de sang. La danseuse et le chorégraphe créent des ombres fantastiques avec lesquelles ils jouent. Nadj danse sur une surface circulaire au centre de l’avant-scène, ses membres restent près du corps, il semble vibrer grâce à la musique violente qui le provoque. Dans plusieurs scènes les danseurs semblent des mannequins qui tombent et qui sautent, dirigés par les quatre musiciens. La conception sonore d’Akosh Szelevényi semble une improvisation jazz mélangée à des sonorités expérimentales de musique contemporaine. Les sons sont à la fois les bruits des corps et le temps qui secoue les corps.

Spectacle fragmenté, qui mélange danse et musique, théâtre figuratif et peinture, où les interprètes perdent aussi leur silhouette humaine, se masquant ou se recroquevillant sur eux-mêmes, tout comme les musiciens qui se collent, puis peu à peu se fondent à leur instrument. Joseph Nadj crée un puzzle d’images que chaque spectateur peut vivre et prolonger en lui donnant du sens dans son intimité.

Mattia SCARPULLA (Turin)

 Entracte, chorégraphie de Joseph Nadj
Décors, Joseph Nadj
Composition musicale, Akosh Szelevenyi
Danseurs, Ivan Fatjo, Peter Gemza, Cécile Loyer et Joseph Nadj
Musiciens, Robert Benko, Eric Brochard, Gildas Etevenard, Akosh Szelevenyi
Création lumière, Rémi Nicolas assisté par Lionel Colet
Mise en son, Jean-Philippe Dupont
Constructeur décors et objets scéniques, Olivier Berthel, Clément Dirat, Julien Fleureau, Julien Brochard
Décoratrice, Jacqueline Bosson
Costumes, Françoise Yapo   assistée par Karin Wehner
Production et diffusion Martine Dionisio

mardi 1 et mercredi 2 juillet 2008 à 20h30
Teatro Astra, via Rosolino Pilo n. 6   -   10100 Torino (Italie)

Renseignements : www.teatroacorte.it
Sur place : Unione Culturale Franco Antonicelli
Via Cesare Battisti n.4 bis, Torino  tel. 0039 011 45 46 007 ou 0039 011 56 21 776

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Published by Mattia SCARPULLA - dans En Europe 2007-08
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