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Festival d'Avignon

6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 22:12

TEMOIGNAGE DE LA CRUAUTE

Ecrire pour informer. Ecrire pour la paix. Ecrire pour se sauver, aussi. En pleine guerre d’Algérie, Henri Alleg a écrit « La Question » en captivité ; un peu de lui échappant à la prison sous la forme de petits papiers pliés qu’il glissait à son avocat. Un texte qui dérange et dénonce une pratique toujours dramatiquement actuelle, celle de la torture.

Il fait noir sur la scène. Un chant retentit, celui des condamnés à mort. L’atmosphère est tout de suite prégnante et oppressante : le récit sera sombre. Et pourtant, pas de pathos. Ni de lyrisme exagéré. Les mots sont directs et crus, on peut sentir la morsure des pinces dans la chair du prisonnier, on ressent sa contraction sous le coup des décharges électriques, mais la mise en scène permet aussi de ne pas être submergé par l’horreur.



L’acteur est avant tout un récitant. Sur la table qui trône devant un paravent noir, il dispose des bouteilles en verre qui figurent les bourreaux, avec chacun leur grade et leur corpulence. La lumière, rare, est ponctuelle. Une petite lampe sur la table, ou une lampe torche qui glisse sur le corps supplicié. Et parfois, des couloirs de lumière dans lesquels marche le comédien, comme dans un long tunnel dont il ne sait quand il se finira.

Le récit est autobiographique et n’a pas été composé initialement pour être joué. A sa sortie, en France, il a très vite été censuré ce qui lui a valu, paradoxalement, une renommée immédiate. L’histoire est celle d’Henri Alleg, directeur du journal Alger Républicain, arrêté en 1957 à Alger où il sera torturé par des paras français dans un lieu non officiel : le centre de tri du sous-secteur de la Bouzaréah. C’est après avoir été transféré à la prison d’Alger qu’il écrit, par petits morceaux, « La Question ».

La mort, si proche

La Question est celle que lui posent les bourreaux : qui t’héberge ? Mais ce peut être aussi celle que se pose, avec lui, le spectateur : va-t-il résister à la torture ? Et celles qui en découlent : va-t-il parler ? Va-t-il mourir ? Le spectateur connait la réponse à cette dernière question, puisque le récit est bien là, mais pris dans le flot des sévices qui lui sont infligés, on le sent parfois à deux doigts de la mort. Qui frappera son ami, et tant d’autres.

Le jeu n’est pas démonstratif ni figuratif. A l’image des créations sonores, il s’agit de faire naître et d’entretenir une ambiance. Presque irréelle. Sur des faits pourtant bien réels. Et qui nous pose question à nous, spectateurs. Car on se surprend à ne pas être surpris. Preuve de la triste banalité du mal. On a beau être réfractaires à la torture, et sensible à cette pièce qui se veut militante, on ne peut s’empêcher de constater : il y a une constante chez l’humanité en guerre, c’est l’horreur avec laquelle flirte ceux qui croient en leur impunité. « La Question » nous invite à être vigilant et à ne pas fermer les yeux. Car en utilisant la dialectique de la guerre dans la lutte face au terrorisme, nos états occidentaux peuvent tout légitimer.

Combien de temps faudra-t-il pour que ce qui se passe aujourd’hui dans les prisons du monde soit reconnu ? Combien de Guantanamo ou d’Abou Ghraib échappent à l’œil de nos écrans ?

Alexandra FRESSE (Paris)

De Henri Alleg (texte paru aux éditions de Minuit, en vente au théâtre)
Mise en scène : Kathy Morvan
Avec : Laurent Gernigon
Création lumière : Cyrille Nitkowski
Création sonore : Thomas Petit et Guillaume Montier
Partition musicale au luth : Allah

Du 2 au 12 juillet à 19h15 (relâche les 5, 6 et 7 juillet)
Au Lavoir Moderne Parisien, 35 rue Léon (18e)
Réservations : 01 42 52 09 14

Débat autour de La Question avec la Ligue des Droits de l’Homme le 8 juillet à 20h30 à l’Olympic, 20 rue Léon (18e).
Conférence avec l’auteur le 12 juillet à 18h00 au Lavoir Moderne Parisien.


Photo : DR

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Published by Alexandra FRESSE - dans À Paris 2007-08
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