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Festival d'Avignon

10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 19:06
QU'EST-CE QUE SIGNIFIE REGARDER?

Artiste associé du festival d’Avignon, le metteur en scène italien Roméo Castellucci propose une version très libre du chef d’œuvre de Dante, la Divine Comédie. La première partie, Inferno, se joue encore les 10, 11, 12 juillet dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, à 22h. Le voyage est fascinant.

Ce rêve de La Divine Comédie

« J’ai toujours eu ce rêve de La Divine Comédie. Comme un rêve qui m’était interdit. C’est une œuvre d’imagination liée à des visions. Ce qui m’a toujours attiré, c’est cette impossibilité à s’y mesurer. J’ai besoin de me sentir démuni, cela me permet de dépasser le problème de l’illustration du texte.  J’ai peur, évidemment. La Cour d’honneur est un lieu plein de dangers. » Sur la scène, des chiens de garde, attachés à des chaînes, ils aboient, furieux, un homme s’avance au centre du plateau et dit : Je m’appelle Romeo Castellucci. Il revêt une protection, les chiens lui foncent dessus et le mordent. Puis un grimpeur gravit la paroi de la Cour d’honneur dans un silence que seul le vent trouble. Il s’accroche aux corniches, fenêtres, se suspend les bras en croix. La beauté sidérante de son ascension se superpose à la peur de sa chute. On songe au texte de Jean Genet sur le funambule. Quelque chose tombe du haut du mur, c’est un ballon de basket. « La Cour vous oblige à retourner dans une condition d’innocence. Il faut oublier le texte, l’appareil critique. Il s’agit d’entrer dans la condition de Dante égaré sur un chemin inconnu. Et de recevoir les images comme lui, les a perçues. Il faut rechercher cette faiblesse en soi. »



Recevoir les images, les sons, les matières

Très proche de la performance, le spectacle est construit comme une suite de visions dans lesquelles chaque spectateur est invité à se glisser. Sur le plateau, ils sont une soixantaine de danseurs et de figurants. Le metteur en scène a imaginé pour eux une chorégraphie avec Cindy Van Acker. On suit les ondulations de cette foule. Ballet de formes, de costumes, de couleurs, de corps, d’âges, tout est différence. Il n’y a qu’à se laisser aller et s’abandonner dans ce concert de matières, de forces, de sons, de lumières. Un enfant écrit le nom Jean sur les murs de la Cour, un immense voile noir envahit le ciel et menace une cage de verre dans laquelle des enfants jouent innocemment. Des cris et des sons enregistrés dans la nature (mis en musique par Scott Gibbons) voltigent autour de nos oreilles. On entend les clameurs d’un match de foot, les grésillements d’une ligne à haute tension, on voit des corps chuter, on sent sous nos pieds les tremblements des gradins. Surgit un cheval blanc dont les jambes se colorent de rouge. Des écrans sur lesquels on peut lire les lettres du mot étoile tombent du ciel. Tout est convocation de nos émotions. Inferno raconte la chute, la tristesse, la nostalgie. C’est à une véritable écriture de ce que peut être le plateau que nous invite Castellucci : il a le talent fou d’aller au bout de sa vision, il semble ne plus avoir peur, il est au sommet de son art quant à sa maîtrise de l’illusion théâtrale.

Des forces qui réveillent le regard

Nous avons rencontré Roméo Castelucci pour évoquer son travail. Voici ce qu’il dit du regard et du spectateur : « Je crois que le théâtre est un objet qui est créé par le spectateur. Il y a un devoir du spectateur, c’est le regard du spectateur qui fait les choses, qui les rend possibles, ce n’est pas une nouveauté, les anciens grecs appelaient le regard epopteia, un regard érotique par rapport à la chose regardée, un regard qui crée son propre objet. C’est le regard qui prolonge et met en crise ce qui est vu. C’est pour cette raison que j’ai parlé de la curvatura dello sguardo. Le spectateur est vu par le spectacle au théâtre. Il se trouve dans cette vision. Il y a une sorte de courant qui passe entre la scène et la salle. C’est dangereux de regarder, ce n’est pas privé de conséquences. Dans cette époque, nous sommes les spectateurs du spectacle de la communication. Le théâtre est un choix, un réveil, un état de veille. C’est un contenu politique : qu’est-ce que ça signifie regarder ? Cela n’a rien d’innocent, je ne sais pas… »

Matthieu MEVEL(Avignon)

Inferno, Librement inspiré de La Divine Comédie de Dante – de Romeo Castellucci
Mise en scène, scénographie, lumières et costumes : Romeo Castellucci
Musique originale et exécution en direct : Scott Gibbons
Chorégraphie : Cindy Van Acker, Romeo Castellucci
Collaboration à la scénographie : Giacomo Strada
Sculptures en scène : Istvan Zimmermann, Giovanna Amoroso
Automates : Giuseppe Contini
Réalisation des costumes : Gabriella Battistini
Avec : Alessandro Cafiso, Maria Luisa Cantarelli,Silvia Costa, Sara Dal Corso, Antoine Le Ménestrel, Manola Maiani, Luca Nava, Gianni Plazzi,
Stefano Questorio, Jeff Stein, Silvano Voltolina

photo © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

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Published by Matthieu MEVEL - dans Festival In 2008
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