Mardi 15 juillet 2008
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CRUELLE COMEDIE HUMAINE
Partout, sommeille un Big Brother : voisin ou collègue de travail, toujours quelqu'un nous jauge, nous juge, nous analyse. La sentence est souvent une remarque anodine, mais lorsqu’elle
cache des haine et frustration, tout peut basculer et le pire peut arriver. Paranoïaque? La Compagnie Les Quatre Elles nous présente une satire aussi cruelle qu'hilarante sur les relations de
bureaux.
Métro, boulot, dodo: c'est la valse des robots. Rose, Blanche, Douce et Belle sont des employées de bureaux ordinaires: un mari, 1,9 enfants et une doctrine, mélange de magasines féminins, de
valeurs religieuses et de philosophie du bon sens. Leurs relations de travail: de la camaraderie forcée, des phrases banales et des piques acerbes lancés au détour d'une conversation rouge à
lèvre. Mais les traits, même lorsqu'ils sont d'esprits, sont parfois empoisonnés.
Le monde de l'entreprise est une jungle: seules les plus forts survivent. La douce et timide Rose va payer les frais de son manque de caractère, au premier sang versé, au premier signe de
faiblesse, ses collègues de bureau vont se jeter sur elle et la dépecer, tels des fauves affamés. Commence alors un harcèlement moral, un pugilat, auquel le public assiste impuissant. Il ne sait
à qui s'identifier, la victime ou le bourreau? Il est vrai que nous sommes un peu les deux à la fois. On se surprend à rire de la verve de ces lionnes. Il y a quelque chose de malsain dans cette
méchanceté gratuite, mais ne faisons pas de mauvais esprit: ces femmes nous ressemblent.
Le combat de la Femme contre le Marché
En effet, le texte sait taper juste. Tout y passe : la compétition interne à l'entreprise, la pression sociale qu'elle exerce concurremment, bien sûr, à la presse féminine et au qu'en dira-t-on,
les difficultés d'être femme travailleuse et mère au foyer... On pardonnerait presque leurs violences à ces femmes au bord de la crise de nerfs.
Les comédiennes interprètent brillamment le rôle de ces femmes objectivées par le Marché, par leur rôle prédéfini au sein de la société: tout d'abord robots, elles ne retrouveront leur humanité
que lorsqu'elles laisseront éclater leur colère, mais toujours, bien sûr, pour la survie du système. Le résultat, bien que perturbant, est drôle, rythmé et rondement mené. Un grand merci à cette
troupe qui a réussi à prouver que Pierre Desproges avait raison en disant que « oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout ».
Sébastien COTTE
Hard Copy de Isabelle Sorente
Théâtre de la Poulie 23, rue Noël Biret 84000 Avignon à 20h35
Mise en scène: Esther Bastendorff
Avec: Esther Bastendorff, Emilie Jourdan, Marie Suran, Audrey Vandomme
Photo @ DR
Les réactions du public:
« C'est dynamique, énergisant, et tyrannique. Une des meilleures pièces à laquelle j'ai assisté durant ce Festival, j'en parlerai autour de moi. »
Wady, 36 ans, Infirmier
Parole de lecteur