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UN MONUMENT ANTIQUE ET CONTEMPORAIN
Guy Cassiers s’est replongé dans la tragédie grecque afin de la mesurer aux discours politiques actuels et de réfléchir à propos de la guerre. Alors qu’il avait touché avec « Rouge décanté », il se cantonne ici dans l’esthétique.
Le parti pris de placer ses comédiens en positions hiératiques, débitant leur texte sans guère de mouvement, face au public comme cela se pratiquait au XVIIe siècle, donne l’impression de regarder un cimetière dont les cénotaphes sont ornés de statues figées à jamais. C’est assurément d’une grande beauté mais ce n’est pas cela qui donne sa matière au théâtre.
La modernisation tient d’abord à l’usage systématique, en guise de décor, de ces images virtuelles de combat que le téléspectateur a coutume de visionner depuis la guerre du Golfe. La technologie n’est pas non plus l’apanage du matériau essentiel de l’art dramatique. D’où un ennui s’installant peu à peu tandis que les acteurs racontent la guerre de Troie. Le texte de Tom Lanoye va même jusqu’à parodier les vers tragiques en vue, peut-être, de demeurer dans cette zone classique où le metteur en scène semble avoir voulu se cantonner.
Sans doute, l’usage de la lumière, le travail sur l’espace, les apports sonores sont-ils, eux, des éléments proprement scéniques. Ils ajoutent au clinquant. L’œil, parfois l’oreille, y trouvent leur compte. L’esprit, par contre, reste sur sa faim. Ne parlons pas de la sensibilité, réduite à la portion congrue.
La tradition n’est bousculée qu’en façade. L’emballage fait illusion à force d’effets d’une part, de refus des effets de l’autre. Et si l’utilisation de micros permet aux interprètes d’explorer les registres de l’intimité murmurée sans qu’on perde les sons prononcés, d’exploser dans la colère sans saturer, elle fait passer les voix dans le domaine technique plutôt que dans celui de l’émotion.
Alors qu’on pouvait espérer une palpitation presque viscérale sur le pouvoir, ses dérives guerrières et donc sanglantes, on se trouve face à un bel objet, étiré à l’excès dans une durée interminable. La lassitude remplace la réflexion, le bâillement se substitue à l’envie de comprendre, à la démarche historique permettant de comparer la cruauté humaine d’autrefois à celle d’aujourd’hui.
Michel VOITURIER
À l’Opéra Théâtre, place de l’Horloge, du 11 au 14 juillet à 17h
Atropa. La vengeance de la paix
Texte : Tom Lanoye
Mise en scène : Guy Cassiers
Distribution : Katelijne Damen, Gilda De Bal, Vic de Wachter, Abke Haring, Marlies Heuer, Ariane van Vliet
Dramaturgie : Erwin Jans
Scénographie : Enrico Bagnoli, Diederik de Cock, Arjen Klerkx
Costumes : Tim Van Steenbergen
Production : Tonnelhuis
En tournée : les 6 et 13 septembre au Singel (Anvers) ; du 6 au 10 octobre au Théâtre de la Ville (Paris) ; les 20-21 novembre au Cargo (Grenoble) ; les 24-25 octobre au Kaaitheater (Bruxelles) ; le 9 janvier 2009 à la Maison de la Culture (Amiens) ; le 18 janvier à Linz ; le 30 janvier au Grand Théâtre (Luxembourg) ; le 16 avril au 30CC (Louvain) ; le 21 avril à De Spiegel (Zwolle) ; le 24 avril au Schouwburg Kunstmin (Dordrecht) ; le 28 avril au Parktheater (Eindhoven) ; le 2 mai au Schouwburg (Rotterdam) ; les 5-6 mai au Stadsschouwburg (Amsterdam) ; le 9 mai au Cultuurcentrum (Hasselt) ; le 12 mai au Theater Vrijthof (Maastricht) ; le 16 mai au Cultuurcentrum (Bruges) ; du 20 au 23 mai au Vooruit (Gand) ; le 26 mai au Chassé Theater (Breda)

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