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Festival d'Avignon

17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 08:57
GRANDEUR ET MISÈRE D’UNE MARCHANDE   

Anne-Marie Lazarini s’est lancée le défi ambitieux de mettre en scène l’une des œuvres maîtresses de Bertolt Brecht. Si la mise en scène est habile, juste et esthétique, elle perd de sa portée dans un réalisme exacerbé.

Bertolt Brecht écrit « Mère Courage et ses enfants » en 1941, alors que la guerre fait rage, livrant là une œuvre critique qui puise sa force dans la distanciation. La Seconde Guerre Mondiale est exploitée à travers le spectre d’une guerre beaucoup plus ancienne, celle de Trente ans (1618-1648). Deux conflits qui s’avèrent similaires par l’absurdité de leur but, la violence et les lieux dans lesquels ils prennent place. Il y a quatre siècles, l’Allemagne a en effet été le théâtre sanguinaire de cette guerre de religion.


Anne-Marie Lazarini a décidé de jouer sur cette ambivalence. Tout dans sa mise en scène évoque le conflit de 39-45, des costumes aux armes, excepté le texte projeté au sol par un vidéoprojecteur. Ce décalage entre l’ambiance de la pièce, très moderne, et sa réalité, le XVIIe siècle, donne la sensation au spectateur qu’il est loin de la guerre. Ainsi, au lieu de dramatiser la situation, le spectateur exerce son regard critique. Un regard qui juge négativement la guerre tout en comprenant le paradoxe qu’elle éveille chez ses personnages. Anna Fierling, alias Mère Courage, protagoniste emblématique de ce paradoxe, s’aveugle sur la dangerosité de la guerre. Elle se satisfait de cette vie d’errance marchande à travers l’Europe, rythmée par la mort et l’emprisonnement. La guerre est pour elle nécessaire puisqu’elle lui permet de rendre viable son commerce. Pourtant, cette obstination à vendre dans un contexte belligérant lui fera perdre ses trois enfants.

Le choix du réalisme

D’un caractère complexe, Mère Courage est cinglante, froide et ironique aussi bien que fragile et humaine. Sylvie Herbert, dans ce rôle difficile pour l’endurance requise et les paradoxes à souligner, fait évoluer son personnage avec panache. Sa voix, son regard, ses déformations faciales, sa gestuelle sont autant d’éléments expressifs qui participent à donner une vraie épaisseur psychologique et dramaturgique au personnage. Les comédiens qui l’entourent font preuve d’un jeu dynamique, cadencé et convaincant, renouvelant efficacement l’intérêt de la pièce.

Cependant, malgré la qualité réelle de l’interprétation des comédiens, « Mère Courage et ses enfants » peine à donner de l’ampleur au sous-texte. En prenant le parti pris d’une mise en scène réaliste, Anne-Marie Lazarini enlève la part de suggestion nécessaire au théâtre de Brecht. Les tirs des armes, le son des canons, les nombreux objets présents sur scène, la multitude de comédiens met un frein à la liberté d’interprétation du spectateur qui se voit imposer un point de vue.

Cette subjectivité trop marquée prive la pièce de ce plus qui aurait pu la rendre fascinante.

Cécile STROUK (Paris)

Mère Courage et ses enfants (Paris)
Auteur : Bertolt Brecht
Mise en scène : Anne-Marie Lazarini assisté de Bruno Andrieux
Interprétation : Sylvie Herbert, Judith d’Aleazzo, David Fernandez, Hervé Fontaine, Michel Ouimet, Marc Schapira, Frédérique Lazarini, Claude Guedj, Bruno Andrieux, Tommaso Simioni, Cédric Colas, Maximilien Neujahr
Musique : Paul Desseau
Décor et lumières : François Cabanat
Costumes : Dominique Bourde

Au théâtre Artistic Athévains, 45 rue Richard Lenois, 75011 Paris, jusqu’au 20 juillet 2008.



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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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