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Festival d'Avignon

24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 10:44
LENTEURS ASSASSINES

Un texte magnifique et de fort belles intentions de départ. Mais l’intensité dramatique s’essouffle dans une mise en scène trop lente, limitant de fait l’émotion. Et la portée du message.

Philosophe, poète et dramaturge juif d’origine roumaine, Benjamin Fondane écrivit initialement « L’Exode » en 1934. Une œuvre construite autour du psaume 137, reprenant la quête de la Terre Promise par le peuple juif, fuyant le joug égyptien. Remanié au début des années 40 pour le projeter sur l’horreur de la Shoah, ce texte est souvent présenté comme le « testament poétique » de l’auteur, déporté et  exécuté en octobre 1944 à Birkenau. Un texte qui est sans conteste d’une belle oralité, mais qui perd pourtant ici une partie de sa puissance.

Une émotion trop contenue


Car s’il est des moments superbes au cours du spectacle, à l’instar d’une manipulation de silhouettes fantomatiques par les comédiens, la lenteur voulue par le metteur en scène ampute le discours de sa force. Sans doute, cette lenteur met en évidence le poids du drame. Mais elle rend aussi plus fastidieuse l’écoute. D’autant que le choix de prêter trois voix au poème semble contestable. La présence de trois comédiens n’apporte ni plus de relief, ni plus de puissance, ni plus d’ampleur au spectacle. Et une seule voix, associée à la magie de la flûte traversière jouée sur scène, aurait finalement été plus percutante.

Reste cependant quelques belles images : manipulations trop rares de marionnettes de fortunes, embrasement de tissus, isolement des êtres. Reste surtout l’occasion de découvrir un auteur, encore trop confidentiel.

Karine PROST

L’Exode, de B. Fondane  (adaptation texte : Olivier Salazar-Ferrer )
Aux Ateliers d’Amphoux à 12h30
Avec : Erwan Alec, Anaëlle, manuelle Molinas  et Eric Lysoe (musique)
Metteur en scène : Yves Sauton, assisté de Eric Freedman

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Published by Karine PROST - dans Festival Off 2008
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commentaires

Olivier Salazar-Ferrer 21/12/2008 11:36

Le fait de juger une adaptation théâtrale sans l'avoir vue est non seulement une infidélité grave à une production théâtrale, mais aussi un geste assez ridicule. Je tiens à remettre en place le schoses: 1. La période de rédaction de l'Exode s'étend entre 1934 et 1943 ou 44, et cette localisation floue n'est absolument pas en question ici pour juger de la valeur d'une adaptation théâtrale. 2. La préface en prose a été déplacée pour des raisons de mise en scène : le metteur en scène a formulé ce désir. D'ailleurs le texte complet a été adapté. Les imnombrables publications de la préface en prose sans le poème 'L'Exode' qui suit pourraient aussi bien être accusées "d'infidélité" au texte complet. Le metteur en scène et l'auteur de l'adaptation ont jugé qu'il ne fallait pas désamorcer la tension dramatique dès le début de la pièce. Non, en réalité, le metteur en scène a le droit de le faire et ceux qui ont de tristes ambitions policières en matière d'adaptation théâtrale doivent remballer leurs attirail répressif. Ce n'est pas l'esprit de Jean Villar qui me contredira. Ni celui de Fondane, car Fondane est un auteur qui a combattu toute sa vie les chapelles littéraires, les dogmatismes scolaires et les dictatures de tout acabits et de toutes plumes. 3. Le spectateur est parfaitement conscient de la signification de la préface en prose en sortant de la pièce, beaucoup plus que si elle avait été annoncée au début. Encore une fois, je renvoie l'auteur de ce commentaire à son ignorance du spectacle, ce qui me semble commander un geste d'une élégance minimale: le silence.

Elisabeth Stambor 22/10/2008 08:42

Je n'ai pas eu le privilège de voir la représentation mais je travaille depuis longtemps sur ce texte et c'est pourquoi je me permets d'ajouter mon commentaire.
Je tiens à préciser que le titre de l'œuvre de Benjamin Fondane est double : « L'Exode – Super flumina Babylonis». Les références bibliques sont,elles aussi, doubles : la sortie d'Egypte du peuple juif et l'Exil en Babylonie. Ainsi que le souligne Monique Jutrin ( Benjamin Fondane ou Le Périple d'Ulysse, A. – G. Nizet, Paris, 1989), le poète réunit 'dans un même souffle la libération et la captivité, l'espoir et l'angoisse'. L'Exode et l'Exil sont au cœur du judaïsme : l'un symbolisant l'événement fondateur du peuple juif, la liberté, l'indépendance; l'autre représentant la déchéance, le malheur.
De même, au cœur du poème s'inscrivent ces deux souvenirs fondamentaux qui rallient le poète au destin collectif de son peuple.
Quelques précisions quant à la genèse du poème : il n'a pas été 'écrit de 1934 à 1942' mais '... vers 1934', ainsi que Fondane lui-même nous le dit dans la «Postface» de L'Exode. C'est à partir de 1942 que le poème est remanié : la «Préface en prose» datée 1942, l'«Intermède» et la «Postface» ont été ajoutés postérieurement, en 1943 ou 1944.
Enfin, je regrette que l'auteur de l'adaptation (ou bien le metteur en scène?) ait décidé d'achever la pièce par la «Préface en prose» au lieu de la laisser à la place que le poète lui avait conférée. Pour reprendre la formule d'Olivier Salazar-Ferrer, le choix d'éclairer 'rétrospectivement' le sens de la pièce constitue 'une infidélité grave à l'œuvre', une préface devenant postface. De plus, je me demande comment les spectateurs, qui, je le suppose, ne connaissaient pas cette œuvre poétique, ont pu aborder le texte, ou plus exactement, la pièce, sans ce maillon essentiel.

olivier Salazar-Ferrer 03/09/2008 12:10

En tant qu'auteur de l'adaptation de la pièce, je suis heureux de répondre à Karine Prost que je remercie pour ses impressions. Un spectacle est une collaboration entre l'auteur, le metteur en scène, les artistes et la qualité de la réception du spectateur. Comme le lecteur pour un livre, le spectateur fait vivre l'oeuvre. Sa disponibilité, sa qualité d'écoute, sa liberté d'attention sont essentielles et fragiles. Naturellement, il ne faut attendre d'un poème dramatique comme "L'Exode", la temporalité frivole et bondissante d'une comédie. Je me permettrai donc quelques remarques : Tout d'abord, le psaume 137 ne traite pas du "joug égyptien", bien sûr, mais de l'exil babylonien des juifs au bord des fleuves de Babylone, tout au long de la pièce. Comme c'est une des clés de l'oeuvre, il y a là une précision géographique et littéraire essentielle qui nécessitait effectivement de l'attention. Je vous renvoie à mon livre : Benjamin Fondane (Oxus, 2004). Ensuite, à propos de votre remarque sur la pluralité des voix, Yves Sauton a raison de noter que Benjamin Fondane avait prévu davantage de voix encore et que son oeuvre est polyphonique. La réduction a une seule voix aurait été au contraire constitué une infidélité grave à l'oeuvre. La simple consultation du poème "L'Exode" dans la nouvelle édition du "Mal des fantômes" chez Verdier est utile pour en juger. Ma réception du spectacle fut fort différente. Je connaissais le texte et rien n'est plus difficile que de surprendre celui qui le connaît par coeur. D'où mon heureuse surprise, mon émotion, précisément à entrer dans le temps magique de la représentation par lequel le temps objectif n'existe plus. Yves Sauton a livré une mise en scène très rythmée, avec des voix contrastées qui justement évitent la monotonie d'un monologue. La flûte traversière de Jean Cohen Solal, véritable maître de l'esprit et du vent, a trouvé son plein accord avec le poème : modulée, tantôt surgissant des ténèbres, tantôt lumineuse et aérienne, elle met en relief les voix, leur donne une ampleur. et le visage du musicien, comme un oiseau nocturne posé sur la scène, était lui-même un pôle magnétique. Cette musique fluide comme le temps répondait parfaitement à la métaphore du fleuve qui porte le poème. L'occupation de l'espace scénique lui-même était très modulée : danses, prostrations des corps, rencontres muettes et dramatiques avec les marionnettes, surgissements des ombres, immobilité hiératique puis vitesse des déplacements, l'espace a été exploité avec beaucoup de diversité et de sens. Les jeux de Geneviève Mancino et Manuelle Molinas s'inscrivent dans cette gestuelle dramatique avec expressivité et complicité. Yves Sauton comédien nous a donné un registre plus intime, en lequel je retrouve la détermination chuchotée, implacable, farouche d'un poète traqué puis assassiné à Auschwitz. Le jeu avec les marionnettes est une heureuse trouvaille car le coeur de l'oeuvre fondanienne réside dans une méditation sur le "mal des fantômes", c'est-à-dire sur la déshumanisation des individus, transformés en ombres de l'histoire : anonymat, oubli, mépris les ont refoulés et condamnés à n'être plus que des ombres ou des souvenirs d'eux-mêmes. Il fallait trouver trouver une expression purement théâtrale à cette pensée abstraite, et elle fut trouvée dans ce dialogue scénique du personnage avec une marionnette surgissant d'un voile et disparaissant aussitôt dans le néant. Tout cela fait de la mise en scène un pari gagné, à mon avis, car "L'Exode" est un voyage intérieur, un questionnement dramatique sur le sens de l'Exode éternel de l'homme dans sa condition terrestre. Quelques mots encore sur l'oeuvre: c'est un poème qui fut écrit de 1934 à 1942 par Benjamin Fondane (1898-1944), qui constitue un cri d'exil à la fois mmétaphysique et historique. Le poète interroge l'errance infinie du peuple juif, et le désastre historique, mais au-delà, l'errance existentielle de tous les hommes, dans un siècle marqué par la mort de Dieu. Cette progression en spirale, de la voix qui surgit de l'indistinct originel vers l'histoire biblique, puis vers le présent historique d'un poète juif traqué affrontant l'histoire et toute sa violence, criant, interrogeant, témoignant, avec toute la richesse du texte poétique, je l'ai retrouvée dans cette mise en scène, qui, à mon sens, ne prédispose guère à une impression de "lenteur". Fondane dans une posface avait tenu à souligner la diversité formelle des textes qui elle-même a été conservée et qui empêche toute répétition dans la forme même. L'Exode babylonien, la sortie d'Egypte, l'exode des français de 1940 se superposent pour constituer un question brûlante : l'histoire se répète, les fuites, les départs, les déracinements se superposent, et le poète interroge son chant même : comment chanter sur la terre devenue étrangère ? Comment chanter dans la violence de l'histoire ? Le poète qui termine ce poème à été prisonnier, il a traversé les foules de l'Exode et se retrouve traqué dans le paris de L'Occupation. La célèbre "Préface en prose" qui achève la pièce éclaire rétrospectivement son sens : l'attestation d'un visage d'homme dans une période de persécution et de déshumanisation. Tout cela pouvait, je crois, interpeller le spectateur dans son humanité, dans sa fragilité. Je suis donc heureux de lire sur ce forum l'impression d'autres spectateurs qui ont témoigné de leur réceptivité au spectacle et de leur émotion. Merci encore pour votre critique et j'espère que cette diversité de points de vue contribuera à l'enrichissement des évaluations des spectateurs du Off.

yves sauton 25/07/2008 20:04

Je connais Karine depuis longtemps et j'apprécie ces critiques et je trouve sain qu'une personne que je connais depuis longtemps puisse émettre des réserves sur mon travail, même si j'en assume la responsabilité, ainsi que les partis pris. On peut ou on ne peut pas adhérer à un spectacle, cela fait partie de la règle du jeu dans ce métier. On ne doit n'y s'en offusquer, ni se démoraliser pour autant.Pour répondre cependant au fait qu'il y ait plusieurs récitants, cela était le souhait même de Benjamin Fondane. Il a écrit l'exode pour plusieurs voix, ce qu'Olivier Salazar-Ferrer m'a soumis et que j'ai respecté.Maintenant, je remercie Karine d'être venue voir ce spectacle, de son commentaire, et je lui renouvelle mon amitié.Yves Sauton

Karine Prost 25/07/2008 12:15

Cher(e) Monsieur / Madame,vous avez visiblement été choqué de me voir regarder l'heure durant le spectacle. Il est vrai que j'ai consulté ma montre à deux ou trois reprises. Mais, étant en fond de salle, si vous m'avez vu le faire... c'est, faut-il croire, que vous n'étiez pas si absorbé par la pièce pour avoir le temps de regarder le public.J'ai, de mon côté, compté (au moins) deux personnes qui somnolaient durant la représentation.J'ajoute que je ne nie pas, au contraire, la force du texte. J'en regrette seulement la mise en scène. Et je le regrette d'autant que j'apprécie habituellement le travail du metter en scène.Enfin, si j'assume totalement mon article, je ne saurais prétendre détenir "LA" vérité, et je conçois que d'autres puissent avoir un avis différent de mien.bien cordialementKarine Prost

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