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Festival d'Avignon

4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 12:37
UNE VIE FUNAMBULESQUE

Le comédien et metteur en scène Charles Gonzalès a choisi trois figures emblématiques d’un combat acharné, passionné et douloureux pour donner vie à un triptyque qui raconte les destins tragiques de Camille Claudel, Thérèse d’Avila et Sarah Kane. Pour son premier volet, Charles Gonzalès devient Camille Claudel, il offre un spectacle bouleversant.

La salle est obscure, rarement éclairée. Quelques lumières éparses, qui s’agitent ça et là. La lumière, chez Camille Claudel, est timide. Charles Gonzalès, dans une mise en scène qui accentue le tragique, installe une atmosphère sombre où la mort et la maladie imprègnent chaque élément du décor. Tantôt une chaise immobile qui mime l’impossibilité d’être, d’agir et de devenir, tantôt une ficelle blanche qui traverse et retraverse la salle, incarnant un enfermement inéluctable, celui de Camille Claudel, sculptrice géniale, qui passa 30 ans dans un hôpital psychiatrique. Qui en a décidé ? Sa famille, qui s’inquiétait de ses accès paranoïaques et délires de persécution.


Cette folie, qui s’est emparée progressivement du corps de l’artiste et que Charles Gonzalès recrée par une gestuelle de plus en plus saccadée et des paroles de plus en plus incohérentes, est née de sa relation avec deux hommes. Auguste Rodin, son maître, amant puis persécuteur, dont le comportement a brûlé les ailes de Camille. Et son frère Paul, célèbre écrivain. Ce frère qui l’appelait Camomille, qui admirait la beauté de sa sœur aînée et qui pourtant n’a rien fait pour la sauver de l’asile.

Sublime Charles

Camille Claudel est une femme en perpétuelle souffrance. Souffrance d’aimer un homme jaloux, souffrance de vivre dans son ombre, souffrance d’être une femme, souffrance du manque d’argent, souffrance du manque de reconnaissance. Elle fait partie des artistes maudis, maltraités par le destin.

Livrant une interprétation profondément habitée, Charles Gonzalès transmet ces frustrations au travers d’un choix méticuleux et intelligent de lettres qu’il met littéralement en vie. Le comédien a saisi la douleur et la folie de Camille, tour à tour démente et clairvoyante. Cette introduction dans ce monde tourmenté est rythmée par un jeu à l’image de ce qu’était cette femme, tout en rupture. Charles Gonzalès passe d’un état à un autre grâce à un débit de langue d’abord lent, douloureux et fragile, puis rapide où il s’emporte, crie sa douleur, son incompréhension. L’incompréhension d’un être qui sait son talent et qui n’en fait rien.

Ces ruptures de ton prennent une ampleur fascinante dans la voix du comédien. Il fait un travail impressionnant sur son organe qui se module continuellement, allant des graves angoissants aux aigus doucereux. Il en est de même pour son regard : un regard franc, qui fixe, qui menace, qui tour à tour crache sa douleur, implore ou fuit. Charles Gonzalès, dans ce choix d’interpréter une femme sans essayer de travestir pleinement ses gestes ou sa voix, montre que la folie dépasse les genres. Que la folie est une névrose universelle et que nous sommes tous plus ou moins sur le fil, sur ce fil de funambule duquel Camille est tombée et s’est perdue…


Cécile STROUK (Paris)

Charles Gonzalès devient Camille Claudel (Paris)
Conception, réalisation et interprétation : Charles Gonzalès
Création lumières : Mohamed Maaratié
Technique : Joachim Defgnée
Costumes : Ateliers de l’imprimerie

Au théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris, du mardi au samedi à 19h
Photo © Pascal Victor

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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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