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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

26 juillet 2004 1 26 /07 /juillet /2004 00:00

 

LE PASSAGE DES ÂMES

 

 

Marie Pagès et Matéï Visniec ont eu l’excellente idée de se rencontrer. Ils ont voulu travailler ensemble. La « carte blanche » que la metteuse en scène a donnée au dramaturge s’est transformée en un diamant noir souriant, « Attention aux vieilles dames rongées par la solitude ! »

 

Ce pourrait être un terrain vague, un no man’s land, un endroit à la dérive, une zone de transit, le lieu de passage des âmes… Ce pourrait être la frontière cruelle où les corps et les cœurs s’observent, se mesurent, s’épient, se cognent, se frottent violemment les uns aux autres, comme des silex, jusqu’aux étincelles, jusqu’au feu, jusqu’à l’incendie. Rouge-douleur, rouge-blessure, rouge-vie, rouge-rire, polychromie vermillon aigre-douce.

Depuis longtemps – depuis toujours sans doute –, Matéï Visniec, arpenteur de nos vies, laboureur de nos existences, creuse son sillon. Et son soc griffe la terre de nos âmes avec la force de celui qui sait si bien la nature de l’« Homo sapiens » bestiale et angélique. Dans les onze « modules » qui constituent la pièce, le dramaturge hurle en souriant contre le silence assourdissant de nos cœurs devant les atrocités du monde. « Attention aux vieilles dames rongées par la solitude ! » explore à la lanterne des mots toutes les facettes de la société des hommes en ce XXIe siècle fou à lier, malade d’amour et saturé de tendresse. La pièce sonne comme un avertissement solennel à la bassesse des Terriens. Avec l’obstination tenace de l’espoir.

En outre, les onze modules sont scandés par des extraits d’« actualité ». Magie de l’art : ceux-ci paraissent faux par rapport au réel fictif offert sur le plateau.

Marie Pagès, metteuse en scène, est en osmose totale avec Matéï Visniec. Elle traduit avec une profonde pertinence picturale les échafaudages verbaux de l’auteur, puissamment secondée dans sa tâche par les images somptueuses de Jean-François Saliéri. Elle a aussi le premier mérite d’avoir choisi une distribution solide, fraîche et solaire.

Lætitia Mazzoleni est épatante, notamment dans le rôle d’une serveuse hystérique et brisée qui engueule ses clients (« La Machine à payer l’addition »). Benoît Thévenoz étonne par son engagement physique impressionnant. Cette virilité matamore en mouvement nous émeut quand elle planque sa sensibilité sous une armure de macho (« Le Siège »). On sent le comédien sur le fil, prêt à exploser (« Le pays est navré »). Olivier Ranger est d’une crédibilité totale dans tous ses rôles, excellent (par exemple : « L’Âme dans la brouette »), voire grandiose quand il compose un voyageur beckettien à la peau grise, à la sueur aigre, au visage défait, en attente du train égaré de sa vie qui n’arrive pas (« Le Blasphème »). Enfin, Estelle Galarme est capable d’être une désopilante salope néolibérale, qui vend sa « salade » obscène avec aplomb (« Attention aux vieilles dames rongées par la solitude ! »), une réfugiée politique poétique, déterminée et touchante (« Attendez que la canicule passe »), une vierge d’une rouerie féminine ébouriffante qui loue son ventre avec candeur (« Sandwich au poulet ») et une prostituée lunaire, petite poupée cassée déchirante qui perce le cœur (« Une chanson dans le vide »).

Cette œuvre de Matéï Visniec, c’est ici et maintenant. Le théâtre moderne, c’est ça. C’est exactement ça. Ce spectacle devrait faire un malheur dans le Festival off cet été. •

 


Attention aux vieilles dames rongées par la solitude
Mise en scène : Marie Pagès
Cie Saliéri-Pagès
Avec Estelle Galarme, Lætitia Mazzoleni, Olivier Ranger et Benoît Thévenoz
Lumière et son : Jean-François Saliéri

Théâtre Le Ring, 13, rue Louis-Pasteur • Avignon
Tél. : 04 90 27 02 03 – Fax 04 90 13 98 99
Courriel : Le Ring
Du 16 mars au 23 mars 2005 à 20 h 30
13 € et 10 €

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Published by Vincent Cambier - dans Festival d'Avignon 2005
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