MOLIÈRE EN BELGIQUE BILINGUE
Voici Molière et son Harpagon repris en une inventive confrontation burlesque entre francophones et néerlandophones, entre comédiens et marionnettes. Rires garantis dans une Belgique en
proie aux déchirements.
Alors que certains politiciens belges se cantonnent dans une vision politique de ghettos linguistiques cadenassés par des lois votées dans un climat d’émotivité entretenue, les artistes
poursuivent, mine de rien, des collaborations fructueuses entre communautés linguistiques. Tel est le cas de cet « Avaar » très librement adapté de l’indémodable Molière.
L’idée est de jouer la farce de manière bilingue, mêlant français et néerlandais, en vue d’effets comiques à partir du langage et des accents. Cela serait un peu court si le concept de
confrontation n’était pas étendu aux interprètes. Les comédiens – spécialement ceux qui incarnent Frosine et Harpagon – sont mis en interaction avec de superbes marionnettes breughéliennes. Les
manipulateurs des pantins eux-mêmes tâtent de la comédie en chantant, intervenant au cœur de l’action, esquissant entre eux des relations amoureuses, conflictuelles, critiques. De même pour les
musiciens qui ne se contentent pas d’exécuter leurs partitions, puisqu’ils se montrent complices, bruiteurs, farceurs, badauds. Sans oublier la mise en abyme intermittente via des remarques
concernant le jeu, le travail des artistes, les allusions au climat communautaire.
Le décor lui-même participe à la cavalcade incessante de cette facétie. Il est à étages multiples, il possède un mécanisme qui lui permet de s’accroître ou de décroître, de façon à se servir
d’ombres chinoises. L’ensemble possède le rythme de la farce, la dynamique de la commedia dell’arte, les paillettes de la comédie musicale, la bouffonnerie d’un numéro réussi de clowns en délire,
la joyeuse débandade d’un dessin animé de Tex Avery ou d’un guignol traditionnel dopé aux amphétamines de la dérision intégrale.
Manifestement, les participants s’amusent au point de ne pas être avares de leur ardeur. Le public leur emboîte le pas en témoignant de son plaisir. C’est un clin d’œil amusé à la littérature
classique ; c’est un pied de nez aux fouteurs de zizanie ; c’est un coup de pied au cul des pisse-vinaigre.
Michel VOITURIER
Aux Rencontres du Théâtre Jeune Public de Huy le 22 août 2008
Avaar (à partir de 9 ans)
Texte : Molière
Adaptation : Marc De Corte
Mise en scène : Marc Maillard, Marie-Odile Dupuis
Distribution : Maarten Bosmans, Véronique Decroës, Marc De Corte, Anaïs Petry, Jérôme Poncin, Leila Putcuyps, Isabelle Van Hecke
Scénographie, marionnettes : Théâtre Froe Froe
Décor : Do Cleeremans
Musique : Bart et Stan Reeckman
Lumières : François De Myttenaere
Production : Théâtre Froe Froe (Anvers) / Théâtre des 4 Mains (Beauvechain)
Sites web : www.4mains.be et www.froefroe.be
Parole de lecteur