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Festival d'Avignon

23 mars 2006 4 23 /03 /mars /2006 23:23
PERDUS SUR LA GRAND-ROUTE

Aux ateliers Berthier, Bruno Boëglin met en scène Sur la grand-route, pièce de jeunesse d’Anton Tchekhov. Un exercice difficile au cours duquel le metteur en scène finit par s’égarer.

L’eau ruisselle sur les tôles de zinc dans un fracas inquiétant, avant de s’écouler en un rideau de pluie, frontière transparente entre la scène et la salle. Le plateau est étroit, dangereusement incliné. De dos, un couple de mariés aux costumes fatigués, dérape, glisse, patine dans l’obscurité : à tâtons, ils se cherchent, ils tentent une reconnaissance. Ils se perdront. L’orage, le froid, la nuit, la misère physique et la solitude des corps voûtés… Un tableau liminaire, qui, à lui seul, laisse entrevoir les principaux motifs de Sur la grand-route, une des premières pièces de Tchekhov. Une vision aiguë, lucide de la nature humaine, qui s’enlise dans un marasme quotidien, aspirant toujours à la grandeur sans jamais la trouver. Immuablement condamnée à chuter.

© Bruno Boëglin

Bruno Boëglin a su laisser transparaître dans cette première image théâtrale l’écriture en gestation de Tchekhov, les obsessions du dramaturge pour l’homme, quel qu’il soit, propriétaire terrien, ouvrier ou bagnard en fuite, prisonnier de lui-même et de ses difficultés à vivre. A l’auberge de Tikhone, le hasard réunit tous ces écorchés, errant sur le trakt sibérien, la route boueuse qui relie Moscou à la steppe glacée, avant l’ère de la modernité, inaugurée par le Transsibérien. C’est un refuge lumineux au milieu de la nuit. On y vend de l’alcool et du sommeil. Les histoires se croisent : Tchekhov laisse les voix fuser violemment dans le soir et les vapeurs d’alcool, avant que chacune d’entre elles ne devienne une tonalité indispensable à la chorale des miséreux.
Sur la grand-route
se transforme alors en un chant universel de plaintes humaines. La reconnaissance a enfin lieu, à défaut d’exister entre l’homme et la femme. Bortzov, le marié de la scène inaugurale, a bu sa fortune, sa femme l’a quitté pour un autre. Adam déchu, il recueillera la pitié de ses pairs, et le verre de vodka dont il a douloureusement besoin pour affronter ses démons et les ténèbres de Sibérie. De son indigence initiale, le bouge de Tikhone devient un lieu presque sacré dans sa médiocrité où les personnages attendent en vain un signe du divin. Un purgatoire avant le lendemain. Un morceau de chemin de croix, supportée par tous.

Cependant le metteur en scène peine à rassembler les personnages. Ils sont sur scène autant de figures et d’ombres irrémédiablement seules, sans que rien ne les lie jamais. Le spectateur est face à une poignée de solistes, qui poussent leur cri avec une belle ardeur. Une ardeur qui frôle parfois l’hystérie. Carlo Brandt abuse de son organe, et finit par écraser les autres acteurs sous ses salves de paroles agressives. Philippe Bianco, incarnant un passant ivre, se perd dans une mélopée d’alcoolique. L’éclairage, volontairement faible, nimbe le plateau dans une vision brumeuse de lendemain de cuite. La représentation, à mesure qu’elle gagne en naturalisme, perd en intensité et en émotion. A force de vouloir plonger le spectateur dans un état de torpeur, Bruno Boëglin rate la reconnaissance du public.

Marion GUÉNARD (Paris)

Sur la grand-route, d’Anton Tchekhov
Mise en scène : Bruno Boëglin
Avec Bernard Ballet, Philippe Bianco, Carlo Brandt, Pierre David-Cavaz, Patrice Kahlhoven, Joëlle Sévilla, Lan Truong et Marie Trystram

Ateliers Berthier 8 bld Berthier 75017 Paris du mardi au samedi à 20h jusqu’au 25 mars
Tournée : du 6 au 13 avril au Théâtre National Populaire de Villeurbanne.

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Published by Marion GUÉNARD - dans Chroniques 2005-06
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