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Festival d'Avignon

20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 23:38
QUAND LES FEMMES S’EN MELENT

Dépoussiérée, actualisée, décontextualisée, la célèbre pièce de Carlo Goldoni dont le texte n’a toutefois pas été touché résonne de modernisme grâce à une mise en scène athlétique et douze comédiens dont la moyenne d’âge ne doit pas excéder la trentaine. Revigorant et pétillant.

Contemporain de Marivaux et grand admirateur de Molière, Carlo Goldoni, auteur de plus de deux cents pièces, est l’inventeur du théâtre italien qui avant lui se déclinait sous la forme de la fameuse « comedia dell’arte ». Si à l’inverse de l’auteur de « Tartuffe »,  il ne titille jamais la fibre anticléricale, les rapports de force entre maîtres et servants habitent souvent son propos par ailleurs non dénué d’un certain « féminisme » que défend aussi Marivaux.

« Baroufe à Chioggia » met en scène le petit village du titre. Village de pêcheurs comme il en existe pléthore dans les environs de Venise. Dix mois durant, cette bourgade est quasi exclusivement féminine. Les hommes sont en mer canne à la main, les femmes dans la rue à cancaner. L’intrusion du batelier Toffolo, l’un des rares mâles resté sur la terre ferme émoustillent jupes courtes et longues (respectivement filles et filles à marier) et suscitent force commentaires de toutes ces harangueuses au bagout digne des commerçantes et lavandières de chez Zola mais deux siècles plus tôt. Le retour des hommes est annoncé et le pauvre Toffolo se retrouve au cœur d’une intrigue qu’il n’a pas fomentée et qui galvanise passions, jalousies et règlements de compte. Ce sont les femmes qui mèneront la danse…



Entre cirque et théâtre

Eminemment intemporel à bien des titres (rapports de classe, revendications salariales), le propos bénéficie d’une mise en scène clairement millésimée « années 2000 ». Antoine Herbez jette un pont entre deux rivages temporels finalement guère plus éloignés que deux quais vénitiens. Dans le texte, quelques scories tout au plus, mais indispensables pour insuffler ce charme d’antan à ce spectacle, induisent un ancrage dans le siècle des Lumières. Mais le rythme du dialogue et le dynamisme de cette troupe à la fougueuse jeunesse catapulte tout cela aux jours d’aujourd’hui.


C’est ainsi que le carcan de l’académisme vole en éclats grâce à des pirouettes parfois légères et éphémères -un air de Johnny fredonné quelques secondes ou un hilarant clin d’œil à Brando pour ne citer que celles-là-, sociologiques grâce à une distribution pluriethnique ou beaucoup plus physiques et qui justifient pleinement la présence au générique d’un cascadeur. Acrobatiques, millimétrés, les numéros physiques qui s’intègrent à merveille dans ce barouf relèvent autant du cirque que du théâtre. Les avoir fusionnés tout en conservant la fraîcheur et la drôlerie du texte est bien la grande idée de cette mise en scène. Les comédiens, jeunes et énergiques, apportent quant à eux une pêche incroyable et communicative. On sort de là aussi ragaillardi qu’après une des meilleures comédies de Monicelli ou Scola.

Bravissimo !

Franck BORTELLE (Paris)

Baroufe à Chioggia
De Carlo Goldoni
Adaptation et mise en scène : Antoine Herbez
Avec Stéphanie Bargues, Fabienne Billot, Jean Boissinot, Oliver Charcosset
Joanna Forlen, Ivan Herbez, Oliver Ho Hio Hen, Sébastien Le Rest, Anaïs Berard-Masson, Caroline Georges, Pierre-Edouard Bellanca et Benoît de Gaulejac
Lumières : Guillaume Parra
Son : Antony Aubert
Cascades : Mathieu Dubois
Costumes : Elodie Lo-King-Fung
Durée : 1h30

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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