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Festival d'Avignon

24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 18:50
LE DIABLE NE S’HABILLE PLUS EN PRADA

Avec cette flegmatique élégance et ce zeste de folie introvertie qu’on lui connaît, Claire Nadeau, seule en scène dans le rôle de Diana Vreeland, célèbre rédactrice en chef du non moins célèbre magazine américain Vogue, trouve un texte pour le moins taillé à sa mesure. Drôlement cruel et cruellement drôle.

Un décor constitué d’andrinople du meilleur goût accueille le spectateur. Deux divans de divas pour divagations entre gens du monde. Du monde chic et choc. Choc et toc. Toc toc toc ? Non, personne ne vient. Personne ne viendra. Miss V. est seule et bien seule. V. comme Vreeland dès l’âge de 21 ans après son mariage avec un riche banquier. V comme Vogue, vitrine sur papier glacé de la mode dans tous ses états et dont elle fut la grande prêtresse, intraitable jusqu’au cynisme, avant d’être traitée comme un kleenex. Pas comme les siens et ses billets de banque, qu’elle repasse, mais jetée comme un mouchoir en papier après des années de bons et loyaux sévices.


Miss V. est une de ces gloires déchues et déçues qui s’accrochent à un avenir pourtant déjà derrière. Son seul interlocuteur vraiment fidèle : un interphone au bout duquel la non moins fidèle gouvernante Inge qui de sa voix monocorde annonce des « Ja » et « Nein » au gré des questions que sa patronne lui aboie toutes les deux minutes. Car, malgré une carrière entre Londres et New York et des tournées mondiales ne passant jamais par Berlin (elle déteste bien trop l’allemand pour ça), Miss V. a une gouvernante allemande qui comprend le français mais ne le parle jamais.

Géniale Claire Nadeau

Fardée d’un maquillage outrancier plus proche de la geisha sur le retour d’âge que de la rédactrice en chef qui se respecte, Claire Nadeau, cintrée dans un tailleur noir du dernier chic endosse le rôle de cette femme qui se raconte au travers d’anecdotes en convoquant au chevet de ses souvenirs Hitler, Isadora Duncan, Nijinski ou encore Chanel et Joséphine Baker. La comédienne, avec sa flegmatique folie, livre une performance multiple. Drôle, bien sûr. Immensément drôle. Avec cette diction parfaite d’un texte féroce qui explore les arcanes du snobisme. Un texte truffé d’aphorismes fleurant bon la frivolité d’un monde où mensonges par omission et contrevérités flirtent avec les hypocrisies de boudoirs et les secrets d’alcôves quand ils ne sont pas de polichinelle. Entre surréalisme (« Le blue jeans, on n’a pas fait mieux depuis l’invention de la gondole »), et lucidité (« J’adore l’artifice par-dessus tout ») c’est un joyau textuel que cette comédienne géniale prend un plaisir évident à servir.

Mais au-delà des rires, nombreux et prédominants, Diana Vreeland, qui fut relevée par l’ogresse Anna Wintour dont s’est largement inspiré le roman « Le Diable s’habille en Prada », parvient, en dépit de ces agissements qui virent aux agitations d’un être qui se débat dans un monde qui lui échappe, à émouvoir. Par son veuvage, bien sûr, mais aussi ses petites manies de femme seule, ses rides qu’elle ne masque pas malgré un grimage outrancier voire décadent, et ces gestes au bord de la caricature. Lucide jusqu’à l’autodérision, elle n’en est pas moins pitoyable, à attendre un hypothétique visiteur, à converser avec un interphone, enfermée dans sa tour d’ivoire et dans cette gestuelle de maniaque. Ces gestes à la lisière du tic, du T.O.C que scanderait presque le tic-tac de l’immonde gosier de métal de Baudelaire.

Franck BORTELLE (Paris)

La Divine Miss V.
De Mark Hampton et Mary Louise Wilson
Mise en scène : Jean-Paul Muet assisté de Zoé Bruneau
Adaptation : Jean-Marie Besset
Avec Claire Nadeau et la voix d’Andrea Schieffer
Décor : Edouard Laug
Costume : Christian Gasc
Créations lumières et son : Didier Girard
Coiffure : Pascal Donnadieu
Maquillage : Suzanne Pisteur
Chorégraphie : James Sparrow
Régie lumière : Stéphane Blanche
Régie son : Florent Roudeau
Habilleuse : Gwénaëlle Noal
Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt, 75018 Paris (Métro : Champs-Elysées-Clémenceau)
www.theatredurondpoint.fr
Réservation : 01 44 95 98 21
Du 17 septembre au 26 octobre à 18h30 (relâche les lundis)
Durée : 1h15

Photo DR

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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commentaires

vitez 04/08/2009 08:46

Si vous habitez Paris, vous aurez déjà entendu mille fois ce genre de babillage sans consistance et dans drôlerie. Aucune outrance, aucune caricature, aucun caractère véritable dans le personnage. Il inspire le plus grand ennui. Tout au plus pourrait il intéresser un anthropologue Inuit ou Papou, qui y trouverait peut être de l'exotisme.

Chronique Fraîche