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Festival d'Avignon

28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 00:58
DE CARESSES EN COUPS DE CRAVACHE

Caprices légendaires, colères homériques, charisme à l’état pur, avant-gardisme assumé : elle avait tout de ce qu’on nomme, en galvaudant le terme à l’envi, une star. C’est un homme qui l’incarne. La transformation est troublante et son jeu envoûtant. Cinéma, chanson et théâtre unis pour le meilleur.

Avec son regard de chatte prête à venir se lover dans les bras de celui (ou de celle) qu’elle aura forcément choisi(e), cintrée dans une robe fourreau de la blancheur de l’hermine, elle effectue son entrée en entonnant un de ses nombreux standards. Marlène Doucereuse.
Au téléphone chez elle, préparant sa venue dans un palace. La standardiste de l’hôtel a le malheur de porter le nom d’un personnage du « Magicien d’Oz », film qu’elle a en horreur. Le directeur de l’établissement est agoni d’ordres pour que soit préparée la double suite (une pour elle, une pour ses bagages) avec des recommandations qui tournent au caprice d’une cinglée. Marlène Démoniaque.
Sous les ovations, elle interprète son légendaire « Lili Marleen » chargé de symboles et lourd d’un passé encore présent dans les mémoires. Marlène Diva.



Valse à trois temps cadencée par trois des plus célèbres tenues de scène de Marlène, ce spectacle, au-delà d’un hommage idolâtre, est l’histoire d’un homme. Un homme qui, un soir, découvre Dietrich. Révélation, fascination, adoration. Mais au lieu de l’exercice un peu désuet de l’imitation, le comédien opte pour l’histoire d’un homme qui fait revivre sa muse sans s’oublierdans cette prouesse périlleuse de l’incarnation.
Les facettes de Marlène, dont les lecteurs de son autobiographie auront retenu la multiplicité et la complexité, sont bien sûr au cœur du spectacle. Mère absente ou mal présente, parangon d’égoïsme, aussi douce que d’une violence vacharde et d’une ironie mordante, Marlène Dietrich est la complexité à l’état pur. Intransigeante jusqu’à l’excès.

Excès de passion ou passion de l’excès ?


L’excès… Probablement son plus bel apanage. Capable d’exiger trois salles de bains et un nombre précis d’ampoules au-dessus du miroir, d’organiser ses obsèques (« un sarcophage recouvert d’un drapeau tricolore de chez Dior : un vrai film à gros budget »), de chambouler son agenda galant pour ne pas être seule de 16 heures au lendemain matin. Manipulatrice, outrancière, mégalomane.
Et pourtant, sous ce fard de la pique cassante (« Je déteste les fleurs coupées : elles puent la mort », « L’oscar, l’une des plus grosses bouffonnerie du siècle », « Le sexe, passe-temps du petit peuple ») se dessine celle qui ne se remet pas de la mort de son cher Hemingway, qui garde pour Gabin (« Un être tendre et gentil ») une vraie passion ou qui ne tarit pas d’éloges pour Burt Bacharach. Alors, excès ou passion ? Assurément les deux. Et la réussite de ce spectacle tient à cette même passion excessive qui habite Quince pour son modèle. Son hommage n’a rien d’hagiographique et son interprétation se refuse d’être une réincarnation. C’est avant tout le travail d’un passionné. Certains trouveront peut-être dommage que ne soit pas jouée à fond l’image du mythe indéboulonnable, glamour jusqu’à la démesure. Mais en revenant dans la réalité biographique du comédien, ce spectacle se pare tout simplement de l’humanité du personnage, avec ses contradictions qu’incarne si bien la célèbre phrase de Cocteau adressée à Dietrich : « Votre nom commence par une caresse et se finit par un coup de cravache ».

Franck BORTELLE (Paris)

Marlène D. the legend
Texte et mise en scène : Riccardo Castagnari
Adaptation : Laurent Ban
Avec Quince et Andrea Calvani (piano)
Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris (Métro : Vavin ou N-D des Champs)
Réservations : 01 45 44 57 34
Jusqu’au 8 novembre du mardi au samedi à 20 heures.
Durée : 1h15

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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