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Festival d'Avignon

3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 14:50
COUP DE CŒUR RUE DU THEATRE

ET MARIE DEVIENT MARIA

Marie Laforêt livre bataille contre la médiocrité, au nom de la beauté de l’art, en campant avec génie la Callas. Plus de deux heures d’une performance scénique aussi drôle que bouleversante que le public acclame debout.

Les jolies chansons qui firent la gloire internationale de Marie Laforêt ont souvent masqué son talent de comédienne. Pourtant la fêlure que laisse sourdre son timbre de voix, l’énorme sensibilité qu’elle protège du paravent du franc-parler impriment nombre de ses chansons, du tube « Viens, viens » au moins connu « Warzsawa ». Celle qui si justement intitula sa compilation sortie il y a quelques années « Fragile de A à Z » est une interprète. Au sens fort du terme. Interpréter : éclaircir le sens.
20 ans durant c’est ce que fera Maria Callas comme personne avant elle. Elle révolutionne l’art lyrique en mêlant chant et jeu. Ne se contentant pas de faire son entrée et d’entonner un aria ou un oratorio, elle le façonne, sculpte, dissèque pour comprendre et faire comprendre ce qu’elle va chanter. Pas de chiqué. « Quand je tiens quelque chose c’est pas que je serre. J’écrabouille » dit-elle à une cantatrice venue prendre un master class. Pas de demi-mesure chez Callas. Rien ne lui échappe : tenue vestimentaire, articulation des consonnes, gestuelle, parfaite connaissance de Shakespeare pour jouer « Lady Macbeth » de Verdi… Les trois « élèves » (excellents) qui se succèdent sur la scène pour avoir le privilège de boire à la source de la connaissance vont faire les frais de cette drastique exigence que traduisent excentriques vitupérations et rebuffades démesurées.



« Ce métier, c’est la guerre »

Sa voix s’est tue. Restent ses conseils. « Ne laissez jamais passer l’occasion d’être théâtrale » ; « Chantez proprement, honnêtement » avant d’ajouter pour ce dernier « c’est une manière de me récompenser pour le mal que je me suis donnée ». Consciente de son tribut à l’art lyrique, elle ne se prive pas pour le crier. Pas de fausse modestie pour cette femme qui est née grosse, laide et rejetée de sa mère. « C’est à la portée du premier venu d’être vexé ». Pardi, elle sait de quoi elle parle ! Et sa revanche, elle l’a tenue. Cette guerre, elle l’a gagnée. Aujourd’hui elle inculque des principes qui peuvent faire frémir (« Le public c’est à lui de quémander »), quitte à en être cassante, méprisante, outrancière dans ses certitudes. La franchise érigée en postulat.
C’est par cette rectitude que Marie devient Maria. La comédienne livre une performance grandiose. A la faveur d’une mise en scène qui alterne et parfois superpose phases de chant (de Callas) et de jeu (de Laforêt), les moments de pure grâce sont nombreux, laissant le public subjugué. De la scène du cours à celle de la Scala de Milan, au moyen d’un « simple » rideau qui glisse derrière la comédienne, de ses débuts où elle chanta devant l’occupant nazi à sa vie de milliardaire avec Onassis, Callas revit à travers Marie Laforêt. Les silhouettes se confondent parfois de manière troublante. Deux heures et demi durant, on oublie celle qui fut une des grandes de la chanson française. C’est le don de soi à l’état pur, l’incarnation dans son expressivité la plus intense que Marie Laforêt apporte sur cette immense scène qu’elle envoûte de sa voix, de ses cris, de ses gestes, de son aura.
Rien d’étonnant qu’après avoir vibré, frémi mais aussi beaucoup ri, le public abasourdi lui réserve une standing ovation.  Les déesses, c’est debout qu’on les acclame...

Franck BORTELLE (Paris)

Master Class, Maria Callas
De Terrence Mc Nally
Mise en scène : Didier Long assité d’Olivier Hardouin
Adaptation : Gilles Stickel
Décorateur : Pierre-François Limbosch
Lumières : Gaëlle de Malglaive
Costumes : Valérie Guéguan
Avec Marie Laforêt, Leïla Benhamza, Maud Darizcuren, Juan Carlos Echeverry, Frédéric Rubay
Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris (Métro Blanche ou Notre-Dame de Lorette)
Réservations : 0 892 707 705 (www.theatredeparis.com)
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16 heures (pour 60 représentations)

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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