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Festival d'Avignon

4 avril 2006 2 04 /04 /avril /2006 23:37
MÉMOIRE DE LA DICTATURE STALINIENNE

Des panneaux de plexiglas, rectangulaires, glissent de haut en bas et de droite à gauche. En se croisant, ils créent des parcours de fuite, des cachettes. Les personnages se cherchent, disparaissent et réapparaissent. Quelquefois, ils crient de derrière les panneaux, défigurés par leur semi-transparence. L’Américain John cherche le spectre de son père Erwin, mort alcoolique, et de sa mère, dont il sait seulement qu’elle s’appelle Sonia. Durant ses dernières années de vie, son père cherche à se souvenir de cet unique amour, et à raconter à leur fils l’histoire de son assassinat en Russie. Le temps du spectacle, Erwin redevient jeune. Il parcourt toute la Russie pour trouver Sonia, se perdant dans le mouvement des panneaux pour enfin la retrouver, et l’aimer avant qu’elle ne meure, tuée par le communisme. Le colonel Kolochine, représentation symbolique de Staline, cherche lui aussi Sonia, la trouve, la viole, et doit la tuer lorsqu’elle crie contre le communisme. Une quarantaine de comédiens, accompagnés d’un petit orchestre, chantent, grotesques, la dictature communiste. Et ils se perdent et se retrouvent au rythme de la bande sonore du film In the mood for love de Wong Kar-Wai (2000).

La Putain américaine ou Le voyage à travers la Russie en compagnie de papa-alcoolique est à l’origine un texte d’Irakli Kvirikadze, scénariste et réalisateur russe. Bien que Kvirikadze soit connu en Europe et aux USA pour d’autres travaux cinématographiques, et que son scénario La Putain américaine ait reçu des prix, le film n’a jamais vu le jour. En effet, la critique de la dictature stalinienne y est très présente, rappelant ainsi les fautes des dictatures passées ou actuelles. Les personnages sont décadents, drogués par la propagande. Ils crient, rient, pleurent, emprisonnés dans une fête-mensonge en laquelle ils croient, où la guerre est d'une autre dimension, trop lointaine. Seul Erwin Parker, qui rappelle l’Idiot dostoïevskien, perçoit la toute-puissance de la dictature, mais seulement lorsqu’elle devient un obstacle à son amour pour Sonia.

Le metteur en scène Alexandre Slavoutski, invité depuis six ans au Festival Russe organisé par le Théâtre Toursky de Marseille, souligne la violence de la dictature stalinienne. Son collectif, né il y a treize ans au sein du théâtre dramatique russe Katchalov de Kazan, a travaillé sur la manière d'en rendre compte à travers une satire aigre-douce. Slavoutski représente en avant-scène la farce publicitaire de la dictature, pendant que derrière les panneaux se poursuivent les méfaits du régime, la vérité est nue et crue. La dictature est ainsi soulignée par son absence ; on ne peut la toucher concrètement.
Ainsi, l’amour de Sonia et Erwin devient une excuse pour retracer l’histoire de la Russie, de la Deuxième Guerre Mondiale à la Perestroïka. Dans la dernière scène, la fête-publicité en l’honneur du communisme, déjà évoquée dans plusieurs scènes, devient une manifestation de la liberté sous l’égide de Gorbatchev. Le spectacle présente la dictature stalinienne comme le Mal absolu, occultant tout de même les problèmes sociaux actuels de la Russie.

Mattia SCARPULLA (Marseille)

La Putain américaine, texte d’Irakli Kvirikadze, mise en scène d’Alexandre Slavoutski, Grand Théâtre Dramatique Russe Katchalov de Kazan, a été représentée au Théâtre Toursky, du 31 mars au 2 avril, Marseille Informations : 0 820 300 033 – 04 91 64 15 17

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Published by Mattia SCARPULLA - dans Chansons et lumières
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