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Festival d'Avignon

7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 18:15
L’HOMME DE TROP

Après « La Mouette », Philippe Adrien se penche sur une autre pièce de Tchekhov. Née de la traduction d’Ivanov qu’il réalise avec le précieux concours de Vladimir Ant, cette mise en scène lumineusement sombre reflète à merveille le monde de vicissitudes qu’entendait dépeindre l’auteur.


Première pièce d’un auteur connu et reconnu pour ses dizaines de nouvelles parfois surnommé «le Maupassant russe », Ivanov valut à Tchekhov un des plus monumental four de l’histoire du théâtre slave. Le public comme le lecteur ne se reconnurent pas, à la fin des années 80 d'un siècle dévolu au roman plus qu’au théâtre, à la construction diabolique des récits plus qu’à cette petite musique d’un texte sans action, dans les déboires de cet « homme de trop » pourtant très ancré dans la littérature russe depuis Oblomov de Gontcharov (1). Cette œuvre qui n’était que «sottise insolemment cynique, immorale et détestable », selon les Feuillets de Moscou, nous emmène dans l’univers d’un homme, Ivanov, qui n’a sa place nulle part. Ruiné, ne pouvant plus payer ses ouvriers, marié à une femme mourante qu’il délaisse lâchement, totalement agnostique, il se perd dans le jeu et les plaisirs immédiats, noyant son mal-être dans ce fléau endémique qu'est la vodka. Sacha, la fille de son voisin, tombe amoureuse de lui et le lui avoue sans détour, croyant le sauver de son marasme intérieur.


La tentation du vide

L’espace et le vide qui emplissent le personnage sont également mis au cœur de la scénographie. L’immensité de la scène fait paraître bien dérisoires les quelques éléments qui composent le décor, irradié d'une somptueuse lumière, dont la sobriété concourt à accentuer cette impression de vacuité. A l’instar de l’homme devant sa destinée, tout semble petit, insignifiant, vain. Et c’est dans cette béance que les comédiens s’engouffrent car ce qui importe dès lors, c’est tout ce qui est dit et tout ce qui est tu. Justement, tout ici est énoncé ou passé sous silence avec maîtrise et retenue comme si la pièce nous enseignait  que tout excès n’était que vanité. Ainsi, sous nos yeux évolue, pendant un peu plus de deux heures, le personnage d’Ivanov, au milieu de gens qu’il n’arrive pas à aimer.

On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre cet « homme de trop », auquel Scali Delpeyrat prête son flegme, et le Hamlet de Shakespeare, dépassé par les turpitudes de la société qui l’entoure et dans laquelle il ne trouve pas sa place. Vaine est la vie sans amour, semblent crier les larmes amères d’Anna, sa femme, dont Florence Janas nous offre une magistrale interprétation. Vaine est la vie sans joie chantent les rires de la juvénile Sacha. Ne serait-ce pas l’esprit de Tchekhov qui souffle sur la Tempête ?

 

Idrissa SIBAILLY et Franck BORTELLE (Paris)

 

(1) C’est dans le roman de Gontcharov qu’apparaît la notion de « lichni chelavek » que l’on peut traduire par «homme de trop » et dans laquelle se retrouveront de nombreux personnages russes ne réussissant jamais à se positionner, d’Ivanov au fou du journal de Gogol et même d’une certaine manière le Razkolnikov de Crime et Châtiment.

 

Ivanov
D’Anton Tchekhov

Texte français : Philippe Adrien et Vladimir Ant (L’Arche Éditeur)
Mise en scène : Philippe Adrien
Avec Scali Delpeyrat, Florence Jana, Jean-Pol Dubois, Etienne Bierry, Lisa Wurmser, Alexandrine Serre,
Olivier Constant, Jana Bittnerova, Julien Villa, Thomas Derichebourg, Vladimir Ant

Décor : Jean Haas

Du 23 septembre au 9 novembre 2008
Du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures.
Durée: 2 h15

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, Route du Champ-de-manœuvre, 75012 Paris

  • Réservations : 01 43 28 36 36

 

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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