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Festival d'Avignon

9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 14:44
L’AMOUR A MORT

Une affiche prestigieuse défend le texte un peu fumeux d’un auteur norvégien dans un spectacle étrangement hybride qui agace sur le moment autant qu’il laisse un arrière-goût de fascination. On s’y ennuie sans s’y ennuyer. Bizarre, bizarre ce qu’il se passe au théâtre Louis Jouvet en ce moment…

Un décor qui pue la mort de toutes parts. Gravier d’un blanc cadavérique au sol, un banc dans les mêmes tons que surplombe la branche décharnée et étique d’un arbre, trois ou quatre stèles aux épitaphes tournant le dos au public et un immense mur couleur rouille. Verticalité et horizontalité propres à ce lieu qui abritera un bien étrange drame puisque nous sommes dans un cimetière.

Un homme vêtu de sombre est assis sur le banc. Déboule, comme expulsée du monde des vivants, une jeune femme. Belle et vêtue de rouge vif (vivant ?). Ces deux-là semblent bien se connaître. Qui sont-ils ? Se retrouvent-ils ici par hasard ? Drôle d’endroit pour une rencontre… Ils finissent par partir ensemble. Arrivent alors les parents du jeune homme, venus assister aux obsèques de la grand-mère. La mère est chargée d’une immense couronne mortuaire, forcément colorée. Reparaissent alors sur la scène les deux premiers personnages, mariés…


Faisant rimer retrouvailles avec funérailles, Jon Fosse tisse un canevas de situations où il se plait à torturer les codes de la temporalité, entre rêve et réalité, vie et mort, mensonges et vérités. Ces dichotomies animent une histoire d’amour fou qui brave toutes les conventions et défie même la mort, omniprésente durant plus d’une heure et demie. Les cadavres se ramassent à la pelle, comme les feuilles de la saison du titre.

Salmigondis discursif

Dans cette atmosphère éthérée au parfum de fin du monde comme le suggèrent les itératifs bruitages de tonnerre et d’orage, la spectrale monochromie du décor dont les seules couleurs sont apportées par un symbole de deuil, ou encore le très bas âge des défunts dont les épitaphes sont lues par les personnages, il est bon, en tant que spectateur, de faire abstraction de toute quête de logique ou de cartésianisme. Les esprits férus de rectitude narrative auront quelques difficultés à se retrouver dans les méandres fumeux de cette histoire qui interpelle le subconscient pour élucider les arcanes de ce qu’ils n’auront perçu que comme un salmigondis discursif. Difficile de leur donner totalement tort.

Le texte, aussi nécrosé que les psychologies de ses personnages, peine à susciter un profond intérêt. Saccadé, sans ponctuation, bourré de répétitions, il ne favorise jamais la moindre empathie du spectateur. Ce détachement voulu prend forme aussi à travers l’interprétation qu’en proposent les comédiens. Rendus à débiter ce dialogue souvent hachuré, ils n’ont que rarement l’occasion de donner la pleine mesure de leur potentiel. C’est Irène Jacob qui en fait les frais les plus lourds. La sublime héroïne de Kieslowski se perd dans ce non-jeu de l’amour et du hasard, talonnée de près par Yann Collette qui lui donne le plus souvent la réplique. Seule Judith Magre dispose d’un peu plus de texte pour s’exprimer vraiment. Mais c’est peu pour cette immense comédienne et assurément la frustration est assez inévitable pour qui vient voir tant de talent réduit à si peu de jeu.

Franck BORTELLE (Paris)

 

De Jon Fosse
Traduction : Terje Sinding
Mise en scène : David Géry assisté de Stéphanie Leclercq
Avec Irène Jacob, Judith Magre, Yann Collette, Simon Eine, Gabrielle Forest
Scénographie : Jean Haas
Lumières : Dominique Fortin

Costumes : Cidalia da Costa

Musique : Jean-Paul Dessy
Régisseur général et plateau : François Flouret


Théâtre Athénée-Louis Jouvet
Du 25 septembre au 18 octobre 2008
Les mardis à 19 heures, du mercredi au samedi à 20 heures,
Matinées le dimanche 5 octobre à 16 heures et le samedi 18 octobre à 15 heures

Durée : 1h40


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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2008-09
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