MONOLOGUE MASTURBATOIRE OU MASOCHISTE ?
Trouver un boulot épanouissant est encore plus difficile de nos jours que de trouver un boulot tout court. Alors quand on veut être soi-même et s’affirmer, pourquoi pas le spectacle ? À
condition d’y croire dans une société où l’utopique égalité se devrait de se transformer en la notion plus réaliste d’équité.
Il aspire à être quelqu’un, à être reconnu en tant que personne. Travailler dans un peep show devant un public invisible, en restant muet, en se débarrassant de toute pudeur : est-ce vraiment le
meilleur moyen ? Il se tient là, face à nous, habillé, nerveux, presque torturé. Plutôt intimidé.
Pas évident de prendre la parole. Et de surcroît pour parler de soi. Pour exprimer une existence en partie ratée, sans envergure, sans passion exaltante. Le métier qu’il pratique, ce n’est pas
une vocation, non, c’est un peu le hasard, un peu une forme de nonchalance qui l’habite. Ça le place sous les projecteurs. Comme un comédien qui se met en vedette devant son public. Mais en fin
de compte, c’est une situation précaire, sans véritable avenir et, une fois extrait de sa cabine d’exhibition, il retombe lourdement dans l’anonymat.
L’angoisse du manque d’amour
Alors, à l’instar de millions d’autre quidams, il en a marre. Il voudrait crier, se révolter, convaincre que c’est injuste, que ses espoirs sont systématiquement déçus. Parce même celui qu’il
savait être un fan inconditionnel de son show érotique a fini par lui casser la figure le jour où il a voulu entrer en relation avec lui. Ce qu’on réclame de lui, ce qu’on demande de la plupart
d’entre nous, c’est d’être efficaces, obéissants, soumis. Le reste importe peu. Et surtout pas les états d’âme gangrenée par la solitude. C’est cela la réalité broyeuse d’un système économique
inspiré par le profit matériel exclusivement. Mais qui tend sans cesse le miroir aux alouettes d’être un jour reconnu, adulé, encensé, admiré grâce à la télé, aux medias.
Paul Van Mulder a écrit le texte. Ce sont des mots sensibles, qui rendent le personnage à la fois sympathique et irritant : on aimerait l’aider mais on est impuissant ; on aimerait qu’il s’en
sorte mais il est paralysé par sa propre faiblesse. A moins qu’un jour…
Paul Van Mulder dit le texte. Il y met une intériorité qui sied bien aux lieux intimes. Sans forcer aucun effet, il joue avec la fragilité, l’impalpable. Il incarne la condition du comédien
autant que celle des travailleurs lambda. Il est en un seul être une bonne part de l’humanité.
Michel VOITURIER (Bruxelles)
Au festival Théâtre au Vert de Silly le 29 août 2008
En tournée : les 13 et 14 octobre à la Fabrique de Théâtre (La Bouverie) ; les 27, 28 et 29 novembre au Centre Wallonie-Bruxelles (Paris) ; en septembre 2009 au Théâtre des Martyrs
(Bruxelles)
Réservations:
475 / 75 31 54
La Solitude d’un acteur de peep show avant son entrée en scène
Texte : Paul Van Mulder (Maelström, 2008)
Mise en scène : Pascal Crochet
Interprétation : Paul Van Mulder
Production : Dune
Photo © Joanna Van Mulder
Parole de lecteur