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Festival d'Avignon

21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 14:25
IONESCO NOVELLISTE : UNE BELLE SURPRISE

Trois pièces, « La cantatrice chauve », « La Leçon » et « Rhinocéros » ont fait la notoriété du roi de l’absurde. Les deux premières pièces sont jouées depuis 52 ans au théâtre de la Huchette. La troisième y arrive enfin mais jouée sous sa forme romanesque et non théâtrale.

Avant d’être une pièce, « Rhinocéros » a été une nouvelle. Publiée douze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle venait dénoncer avec tout son éclat littéraire la dérive insensée des comportements humains. Toutefois, la pièce, qui eut plus de succès, éclipsa ce petit bijou littéraire dans lequel Ionesco, impertinent et provocateur, se délecte à jouer avec la langue française. Usant d’un passé simple systématique qui accentue la tension à la fois tragique et loufoque de la pièce, l’auteur fait parler un seul personnage, Bérenger. Passif, capiteux mais lucide, ce dernier se lance dans le récit d’un phénomène nouveau et perturbateur : « la rhinocérite », métaphore de la montée du nazisme et de toutes les autres formes de totalitarisme.

Un petit village sans histoire voit son équilibre se briser quand un rhinocéros traverse, de manière impromptue, la rue. Cet événement, bientôt sur toutes les lèvres, soulève l’indignation d’une population incrédule et donne l’occasion à d’absurdes débats (unicornuité ou bicornuité des rhinocéros ?!). Au fil des jours, le phénomène s’amplifie. Qui sont ces bêtes féroces ? D’où viennent-elles ? Autant de questions en suspens, qui trouvent une réponse surprenante en la mutation soudaine de M. Boeuf. Les personnages comprennent alors qu’une maladie contagieuse se propage dans le village, animalisant chaque humain. Tout le monde va y passer sauf Bérenger, seul survivant à cette « rhinocérite ».

Alors que la nouvelle de Ionesco laisse le personnage dans cette fragilité psychologique, sa pièce prend le parti d’héroïser Bérenger en le faisant réagir à la dernière seconde. Il ne capitulera pas, il résistera. C’est cette fin symbolique que le comédien et metteur en scène Jean-Marie Sirgue a choisi de montrer, rendant ainsi un bel hommage à la Résistance.

Pour la beauté du geste

Court (45 minutes) mais intense. La performance du comédien est remarquable. Il interprète une oeuvre qu’il a faite sienne à travers une mise en scène au service du texte. Exercice ardu quand on connaît la densité de la nouvelle. Fourmillant de jeux de mots et de calembours, le texte nécessite, pour être joué, une vivacité d’esprit certaine et une véritable polyvalence dramaturgique. Qualités dont Jean-Marie Sirgue fait ici joliment preuve. D’une diction limpide, fluide et rapide, il habite littéralement le petit espace scénique de la Huchette. D’un côté puis de l’autre, courant, sautant, s’asseyant, buvant, tremblant au milieu d’un décor d’appartement, il témoigne d’un jeu multiple et assuré, donnant vie à quantité de personnages différents.

Le spectateur s’amuse, se délectant d’un texte particulièrement juste et décalé et d’un jeu en pleine cohérence avec cette ambiance dramatico-burlesque. Un beau succès est à attendre pour cet intemporel Rhinocéros.

Cécile STROUK (Paris)

Rhinocéros, résister ! (Paris)
Auteur : Eugène Ionesco
Metteur en scène et comédien : Jean-Marie Sirgue
Décors : Roberto Cedron et Régine Chourane
Costume : Caroline Gruer
Création lumières : Ider Amekhchoun
Musique originale : Gianni Gebbia
Au théâtre de la Huchette, du 4 octobre au 29 novembre, tous les samedis à 21h

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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2008-09
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