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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 22:10
EN ATTENDANT…

Dominique Pinon est un magistral anti-héros beckettien dans cette pièce d’une drôlerie mortifère que met en scène un Charles Berling doublement inspiré puisqu’il est également sur scène. Y’a du Molière (la statuette) dans l’air…


Deux immenses murs sombres, lugubres, bancals. Deux fenêtres accessibles seulement au moyen d’un escabeau et qui laissent entrer une lumière blafarde. Dans ce trou à rat, une ambiance délétère. Mortifère. Hamm et Clov vivent là. Vivent ou survivent ? Hamm, cloué sur un fauteuil roulant, est aveugle. Clov atteint d’une infirmité ne peut plus s’asseoir. Aussi complémentaires dans ce qu’il leur reste d’aptitude physique que dans le handicap. Hamm et Clov : moitié d’un marteau (« hammer » en anglais) et clou estropié ? L’un pour cogner sur l’autre ? Un peu ça, en effet… Tyrannique jusqu’à la démesure mais surtout par peur, Hamm martyrise Clov, qui plie l’échine dans tous les sens du terme.

Beckett se lit au premier degré. Pas de strates supplémentaires forcément superfétatoires. C’est ce qui rend son œuvre si vivante et si théâtralement implacable. Outre les nombreuses didascalies qui renseignent ses pages, cette pièce de Beckett est avant tout riche d’oralité. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit aisée à jouer, bien au contraire.

Parfum de fin du monde

« Fin de partie », par son titre, induit déjà une petite mort. Il ne sera question que de la Camarde deux heures durant. Les accessoires (le chien noir estropié, l’insecticide), les faits (les parents enterrés vivants dans des poubelles, la cécité de Ham - ne dit-on pas que la vue c’est la vie -, l’éternel ciel gris dehors), le dialogue (« une sonnerie digne du jugement dernier » , « Si je pouvais te tuer, je mourrais content ») font planer un parfum de fin du monde dans lequel se débattent ces naufragés.

Il n’y a plus rien, donc (plus de roues de bicyclettes, de nature, de marée, de plaids, de calmant, de cercueil), et pourtant l’heure, toujours la « même que d’habitude », continue de rythmer la vie de ces quatre êtres dans le néant. Comme pour « fabriquer un peu d’ordre » dans le chaos, Beckett rappelle la nécessité du langage, des mots, toujours présents même quand tout est réduit au néant. Nourri d’un souffle binaire reposant sur le paradoxe permanent, ce texte sublime met le doigt sur notre statut de pantin. Beckett, bien plus qu’un auteur du langage pour le langage, rappelle avec ‘Fin de partie’ la nécessité d’être en plein dans la réalité, d’adopter une posture de jeu face aux souffrances de la condition humaine (« Il faut que tu sois là mieux que ça, si tu veux qu’on te laisse partir – un jour »).

Pourtant ce chant s’avère désespérément drôle. L’absurde y met son grain de folie et rend ce spectacle digne du meilleur burlesque, entre Chaplin et Tati, Keaton et Kaurismaki. Charles Berling, habitué aux rôles complexes au cinéma, livre une étonnante performance dans le rôle de Clov. Une prestation très physique qui témoigne d’un énorme travail, d’autant qu’il signe aussi la mise en scène, diablement beckettienne, notamment par les deux personnages secondaires, lessivés de la vie sortant chacun d’une lessiveuse (ou poubelle, on ne sait pas trop).

Dominique Pinon, cloué dans son fauteuil durant deux heures, focalise l’attention. Avec sa voix de stentor et l’énorme potentiel de jeu qu’on lui a déjà vu au cinéma (Jeunet, Lelouch pour ne citer qu’eux), il livre une éblouissante performance. En attendant… un Molière ?

Franck BORTELLE et Faustine AMORE (Paris)

Fin de partie
De Samuel Beckett
Mise en scène : Charles Berling avec la collaboration artistique de Christiane Cohendy
Avec Charles Berling, Dominique Pinon, Gilles Segal, Dominique Marcas
Théâtre de l’Atelier, Place Charles Dullin, 75018 Paris (Métro : Anvers)
Tel : 01 46 06 49 24 ou www.theatre-atelier.com
Du mardi au samedi à 21 heures, les samedis et dimanches à 16 heures.
Durée : 2 heures

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Published by Faustine AMORE - dans À Paris 2008-09
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