UN SPECTACLE « HYPER-CALORIRE »
Dans la plus pure tradition de ce que propose le petit théâtre des deux rêves depuis maintenant de nombreuses années (de la rigolade de qualité), « A plein régime » porte admirablement son titre.
Un dialogue incisif et une équipe soudée dans la déconnade sont le cocktail de ce spectacle à consommer sans modération.
Lola n’est pas vraiment, question silhouette, un clone de celle de Sternberg ou de Demy. Plus « Lolithon » que Lolita en somme… Avec son profil de cure-dent, la bonne copine Stéphanie tente lui
faire perdre les kilos superflus à cette brave grosse qui tourne en orbite autour du frigo dès qu’elle déprime et qui ne réussit à tomber de beaux gars que contre monnaie sonnante et trébuchante.
C’est le cas de Luc, parfait gigolo qu’elle ramène chez elle. Mauvaise limonade : elle le présente à son meilleur ami Laurent, homo bien sûr.
Un dialogue succulent
En prenant la parti d’évoquer les mésaventures d’une personne à forte surcharge pondérale, François Rimbau prend bien quelques risques, le sujet n’étant pas de la première fraîcheur, surtout dans
le registre de la comédie. Pourtant l’impression de déjà vu ou entendu ne se fait jamais sentir. Le dialogue, persillé de calembours et de répliques qui tombent à point nommé pourvoie au plaisir
réel que prend le spectateur à cette farce. Sans chercher à transmettre un message appuyé, l’auteur nous montre toutefois qu’on est bien toujours le « gros » de quelqu’un, c’est-à-dire la cible
de celui qui trouvera à redire sur vous parce que vous arborerez une différence trop flagrante. Sans aller jusqu’à parler d’une ode à la pluralité et à la diversité des hommes, disons que ce
spectacle prend parti, notamment grâce au final assez inattendu, de fustiger les empêcheurs de grossir en rond(eurs).
Notons aussi la présence d’une troupe soudée et de toute évidence heureuse de déguster ce succulent dialogue avec en tête la fougueuse Sophie Picciotto qui déploie une truculence que rehausse un
accent marseillais à défriser les caniches. A elle seule, elle assure un numéro où langage fleuri et performance physique justifient pleinement le titre de ce spectacle vitaminé, moins estampillé
« gay » qu’on veut bien le laisser croire et assurément « hautes calorires ».
Franck BORTELLE (Paris)
Mise en scène François Rimbau
Avec Sophie Picciotto, Nathalie Tassera, François Rimbau, Valérie Bernard ou Sandra Colombo et Grégory Cavé ou Bruno Detante.
Musiques Aurélio Cardenas
Chorégraphies : Grégory Cavé et François Rimbau
Crédit photo : Jean-Michel Turati
Théâtre des Deux Rêves, 5 passage de Thionville, 75019 Paris (Métro : Laumière ou Ourq)
A 19h30 les mardis et mercredis jusqu’au 1er novembre.
Durée : 1h15
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